ICI, LA ET AILLEURS

janvier 14, 2010

Haïti

Classé dans : Actualité — motpassant @ 4:48

Comment comprendre la souffrance de ce peuple ?

Peut-être, tout simplement, en n’oubliant jamais.

 

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Image et poème extraits de ce SITE

A cinq heures du soir.
Il était juste cinq heures du soir.
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n’était que mort,rien que mort
à cinq heures du soir.
Le vent chassa la charpie
à cinq heures du soir.
Et l’oxyde sema cristal et nickel
à cinq heures du soir.
Déjà luttent la colombe et le léopard
à cinq heures du soir.
Et la cuisse avec la corne désolée
à cinq heures du soir.
Le glas commença à sonner
à cinq heures du soir.
Les cloches d’arsenic et la fumée
à cinq heures du soir.
Dans les recoins, des groupes de silence
à cinq heures du soir.
Et le taureau seul, le cœur offert!
A cinq heures du soir.
Quand vint la sueur de neige
à cinq heures du soir,
quand l’arène se couvrit d’iode
à cinq heures du soir,
la mort déposa ses œufs dans la blessure
à cinq heures du soir.
A cinq heures du soir.
Juste à cinq heures du soir.
Un cercueil à roues pour couche
à cinq heures du soir.
Flûtes et ossements sonnent à ses oreilles
à cinq heures du soir.
Déjà le taureau mugissait contre son front
à cinq heures du soir.
La chambre s’irisait d’agonie
à cinq heures du soir.
Déjà au loin s’approche la gangrène
à cinq heures du soir.
Trompe d’iris sur l’aine qui verdit
à cinq heures du soir.
Les plaies brûlaient comme des soleils
à cinq heures du soir,
et la foule brisait les fenêtres
à cinq heures du soir.
A cinq heures du soir.
Aïe, quelles terribles cinq heures du soir!
Il était cinq heures à toutes les horloges.
Il était cinq heures à l’ombre du soir!

Federico García Lorca
(1898-1936)

Traduction originale du poème en français; Sylvie Corpas© et Nicolas Pewny©:
(traduction agréée par la Fondation et les héritiers de Garcia Lorca)

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décembre 17, 2009

Haïku décalé

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 10:54

Même mon ombre est

En excellente santé

Premier matin de printemps.

Issa Kobayashi

décembre 16, 2009

Ostinato

Classé dans : écriture — motpassant @ 8:05

<< Dos voûté, mains jointes sur sa canne, ne prêtant qu’une attention polie à la société qui l’entoure, ainsi saisi à son insu et fixé par l’objectif, il est comme la réplique noir sur blanc du père en sa dernière année. Phénomène d’auto-identification presque insoutenable, image mortifère à écarter au plus vite de sa vue. >>

Louis-René Des Forêts

OSTINATO “ L’imaginaire “ Gallimard p. 198

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décembre 13, 2009

Le progrès en marche !

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 3:08

Dialogue entendu ce matin  :

<< Elle est où la salle des fêtes ? T’as pas un machin, tu sais le truc qui te dit où c’est ?

décembre 11, 2009

Climat

Classé dans : Actualité — motpassant @ 9:28

Je viens de lire un article sur ce site et à la suite de cette lecture on peut se poser la question de savoir si le changement de climat actuel est effectivement provoqué par la pollution de la planète.

Je n’ai pas assez de connaissances pour confirmer ou infirmer cette réflexion, mais s’il ne s’agissait tout simplement que d’un cycle naturel ?

Dans cet article on se rend compte que les grandes périodes chaleur et de sécheresse ont été très nombreuses.

Je reproduis ci-dessous ces périodes :

DATES DE NOS GRANDS ÉTÉS ET GRANDES SÉCHERESSES :

VIe siècle : 580, 582, 584, 585, 586, 587, 589, 591

VIIe siècle : 675, 700

VIIIe siècle : 783

IXe siècle : 874, 892

Xe siècle : 921, 987, 994

XIe siècle : 1078, 1094

XIIe siècle : 1137, 1183, 1188

XIIIe siècle : 1204, 1212, 1226, 1287

XIVe siècle : 1305, 1306, 1325, 1331, 1334, 1361, 1384, 1392

XVe siècle : 1473

XVIe siècle : 1540, 1553

XVIIe siècle : 1632, 1674, 1684, 1694

XVIIIe siècle : 1701, 1712, 1718, 1719, 1726, 1727, 1767, 1778, 1793

En 580, les arbres fleurirent une seconde fois aux mois de septembre ou d’octobre. Des pluies abondantes et des inondations terribles avaient précédé cette floraison inaccoutumée ; et la chaleur, dont elle était la suite, fut accompagnée de tremblements de terre, d’incendies et de grêles, spécialement à Bordeaux, à Arles et à Bourges. Cette seconde floraison fait supposer au moins une température printanière prolongée, soit 12° à 14° de chaleur moyenne, et 24° à 25° de chaleur extrême.

La chaleur de l’année 582 fit fleurir les arbres au mois de janvier. En 584, on eut des roses en janvier : une gelée blanche, un ouragan et la grêle ravagèrent successivement les moissons et les vignes ; l’excès de la sécheresse vint consommer ensuite les désastres de la grêle passée : aussi ne vit-on presque pas de raisins cette année ; les cultivateurs désespérés livrèrent leurs vignes à la merci des troupeaux.

Peut-être voyons nous trop de tels phénomènes par rapport à la durée de vie humaine alors qu’il faudrait dans ce cas raisonner en terme de siècles.

Je ne voudrais pas faire bondir les lecteurs, mais Claude Allègre défend cette hypothèse.

Extrait d’un article du Monde :Que dit donc l’ancien ministre de l’éducation nationale, de la recherche et de la technologie (1997-2000), scientifique reconnu ? Sous le titre « Neiges du Kilimandjaro », il écrit :

« Dans la même quinzaine, on a vu les photos spectaculaires de Yann Arthus-Bertrand montrant le Kilimandjaro déplumé, sans ses neiges, et l’on a immédiatement entendu le refrain sur le réchauffement de la planète et lu dans la revue Science un important article d’une série d’éminents glaciologues qui montrent que, en trente ans, le volume des glaces antarctiques n’a pas varié. Tous les spécialistes sont d’accord : si un réchauffement général du globe a lieu, il sera beaucoup plus important près des pôles qu’à l’équateur. Or ces auteurs expliquent qu’en certains endroits du continent antarctique il y a une destruction massive de la banquise, mais qu’ailleurs il y a épaississement de la glace. »

Inutile de dire que cet article a fait sursauter de nombreux spécialistes !

Personnellement, il me paraît utopique de croire un instant que les désordres provoqués par l’homme sur cette planète de soient pas responsables, du moins en partie du dérèglement climatique.

La visite de ce site est édifiante sur l’importance du problème.

L’atmosphère de la Terre se réchauffe à grande vitesse. La fièvre monte, monte, monte. Comme chez un organisme vivant, c’est là le signe d’une maladie grave.

Oui, la planète est malade et c’est la faute à notre civilisation industrielle irrespectueuse qui rejette dans l’air des gaz à effet de serre.

En quelques décennies, c’est tout le charbon, tout le pétrole, accumulés avec intelligence par la nature pendant des millions d’années, qui sont largués ainsi sans scrupules dans l’atmosphère.

Le seul remède consiste en une prise de conscience immédiate de toutes les nations. La mise en œuvre à l’échelle mondiale de technologies moins polluantes (et elles existent!) s’avère obligatoire.

Mais il faut faire vite!

Il reste moins de dix ans pour sauver la planète

Il reste moins d’une décennie pour éviter un dérèglement catastrophique du climat terrestre, affirme une vaste étude à paraître mardi.

Rédigée par un large panel de scientifiques, d’anciens hommes politiques et d’économistes, ce rapport, baptisé ‘Meeting the Climate Change’ fixe à dix ans, «voire peut-être moins », le point de non-retour climatique au-delà duquel les rejets de gaz à effet de serre vont entraîner un hausse de température désastreuse pour la planète.

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décembre 9, 2009

Dix mots

Classé dans : écriture — motpassant @ 2:51

Dis-moi dix mots “  est une opération nationale pilotée par le ministère de la Culture et de la Communication (délégation générale à la langue française et aux langues de France). Son objectif est de sensibiliser le grand public de façon ludique aux enjeux de la langue dans les différents secteurs de la société civile. Sur une période élargie d’octobre à mai, elle invite le public à célébrer notre langue, outil par excellence du lien social, de l’expression personnelle et de l’accès à la citoyenneté et à la culture.

Chaque année, dix mots sont choisis pour permettre de libérer l’imaginaire de ceux qui s’en emparent afin qu’ils s’expriment sur tous les modes : dix mots à dire, à écrire, à représenter, dix mots pour jouer, pour chanter, pour découvrir. Ils sont l’occasion d’illustrer combien la langue est riche d’innovation, de poésie, d’inventivité.

En 2009-2010 seront mis à l’honneur dix mots « dans tous les sens » : « baladeur, cheval de Troie, crescendo, escagasser, galère, mentor, mobile, remue-méninges, variante, zapper ».

J’avais participé à cette opération l’année dernière et je compte, cette année, dans le cadre des activités de la bibliothèque de mon village, organiser une manifestation étendue au niveau de la population et en particulier des enfants.

Peut-être éprouverez-vous, vous aussi le désir de participer, soit personnellement, soit à travers votre blog, soit encore en regroupant vos textes. Il y a mille façon de s’exprimer ! Je pourrais également publier vos textes au fur et à mesure de leur écriture.

 

Ci-dessous le texte que j’avais écrit l’année dernière :

Contrainte : construire un texte incluant ces dix mots :
<< ailleurs, capteur, clair de terre, clic, compatible, désirer,génome, pérenne, transformer, vision >>

<<Un génome. Il fallait bien que cela arrive. Mon génome a été découvert. Tout ce que je pouvais encore conserver secrètement en moi, au plus profond de moi, est maintenant susceptible d’être exploré. Un peu comme si mon journal intime ne l’était plus et qu’il suffise d’une microscopique particule de moi-même pour pénétrer mon âme. Ne sent-on pas dans la musicalité de ce mot une connotation d’appropriation ? Une légère perception d’une utilisation à des fins inavouables ?

Allez ! Soyons sérieux ! Pas de paranoïa !

Et là, je décroche, et d’un clic, je m’éclipse. Un déclic  me dit qu’il vaut mieux que je m’éloigne de ce monde mystérieux, qui une fois de plus, va m’entraîner dans une recherche métaphysique dont je ne sortirai pas vainqueur. Vous devez trouver que je cyclique,  je ne suis pas loin de là monocyclique et je n’ai pas besoin d’un cric pour aller voir ailleurs si j’y suis.

Un ailleurs d’où l’on pourra, en toute innocence et toute quiétude et sans frémir, admirer un magnifique clair de terre, sans se laisser influencer par une nouvelle lune toujours prête à bouleverser la tête des faibles humains que nous sommes. Ailleurs, autre part, loin. Symbole d’espérance, de découvertes ! L’ailleurs, l’ailleurs de soi, de l’autre. L’ailleurs du corps, des formes ! Un ailleurs capteur d’envolées auxquelles aspire chacun d’entre nous. Un ailleurs capteur de soleil brûlant sans compter, sans économie. Mais un ailleurs capteur d’existences rêvées, imaginées, d’existences inimaginables sans folies. En fait, un capteur détecteur de mondes lointains, inaccessibles et pourtant  but de celui qui ne se résigne jamais et cherche inlassablement ce qu’il ne connaît pas, ne connaîtra peut-être jamais. Le but de celui qui ne peut vivre sans la vision permanente, lancinante d’un ciel enfin ouvert, vivant, dans lequel l’homme pourra évoluer sans contrainte.

Une vision pérenne. Voilà la difficulté. Il en fallait bien une !
La pérennité. La durabilité. Rendre les choses perdurables. N’y a –t-il pas là une affreuse contradiction avec cette recherche permanente de l’homme dans sa connaissance.

Alors que tout bouge, que rien n’est immobile, qu’il suffit d’un rien pour tout transformer en un instant en cataclysme ! Non ! Il faut rejeter tout ce qui est pérenne ! Tant pis ! Mieux vaut être en perpétuel mouvement que de se complaire dans la pérennité !

Et puisqu’il me faut désirer. Curieuse cette expression «  puisqu’il me faut désirer «  personne ne m’oblige à désirer et pourtant, désirer n’est-il pas un des moteurs de la vie. Le désir ! Je te désire ! Si vous désirez, je peux …… mon désir est aveugle !

Extrait de «  Désirs «  de >Maupassant :

<< J’adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d’une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard. >>

Mais, finalement, fi ! De tous ces états d’âmes. Fi ! De ces gamberges ! Tout est beaucoup plus simple, il suffit d’avoir conscience que tout est compatible. Enfin, je crois…. >>

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décembre 8, 2009

DE MARIE BASHKIRTSEFF A GUY DE MAUPASSANT

Classé dans : littérature — motpassant @ 3:58

Marie Bashkirtseff - Autoportrait à la palette

Née Maria Konstantinovna Bashkirtseva à Gavrontsy près de Poltava, dans une famille noble, elle grandit à l’étranger, voyageant avec sa mère à travers l’Europe. Elle parlait couramment le français, l’anglais et l’italien. Sa grande soif de connaissance la poussa à étudier avec passion les auteurs classiques et contemporains. En outre, elle étudia la peinture en France à l’Académie Julian, l’une des rares en Europe à accepter des étudiantes (on y trouvait des jeunes femmes venant même des États-Unis). Une autre étudiante y était Louise Breslau, que Marie considérait comme sa seule rivale.                                                                       Autoportrait (1880)

Elle produisit une œuvre importante en regard de sa vie brève ; ses tableaux les plus connus sont Un meeting (représentant des enfants mendiants à Paris) et L’Atelier des femmes (ses compagnes artistes au travail). Toutefois, beaucoup d’œuvres de Marie Bashkirtseff furent détruites par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Le Meeting                                       Automne (1883)

1884 Musée d’Orsay

 

Le personnage de Maupassant ne peut laisser indifférent tant il est à la fois très proche autant qu’insaisissable en certaines occasions. Sa vie parsemée d’excès ne peut être exonérée de la proximité qu’il laisse entrevoir dans ses œuvres, dans ses reportages, ses articles et ses correspondances et parmi celles-ci j’aime beaucoup celle qu’il a entretenu avec MARIE BASHKIRTSEFF, cette artiste ukrainienne morte alors qu’elle allait avoir 26 ans.

 

DE MARIE BASHKIRTSEFF
A GUY DE MAUPASSANT

[Mars 1884.]

Monsieur,
Je vous lis avec presque bonheur. Vous adorez les vérités de la nature et vous trouvez une poésie vraiment grande tout en nous remuant par des détails de sentiment si profondément humains que nous nous y reconnaissons et vous aimons d’un amour égoïste. C’est une phrase ? – Soyez indulgent, le fond est sincère. Il est évident que je voudrais vous dire des choses exquises et frappantes, c’est bien difficile comme ça, tout de suite. Je le regrette d’autant plus que vous êtes assez remarquable pour qu’on rêve très romanesquement de devenir la confidente de votre belle âme, si toutefois votre âme est belle. Si votre âme n’est pas belle et si vous ne donnez pas dans ces choses-là, je le regrette, pour vous d’abord, ensuite je vous qualifie de fabricant de littérature et passe ! Voilà un an que je suis sur le point de vous écrire mais… plusieurs fois j’ai cru que je vous exagérais et que ça ne valait pas la peine. Lorsque tout à coup, il y a deux jours, je lis dans Le Gaulois que quelqu’un vous a honoré d’une épître gracieuse et que vous demandez l’adresse de cette bonne personne pour lui répondre. Je suis devenue tout de suite jalouse, vos mérites littéraires m’ont de nouveau éblouie et me voici.
Maintenant écoutez-moi bien, je resterai toujours inconnue (pour tout de bon) et je ne veux même pas vous voir de loin, votre tête pourrait me déplaire, qui sait ? Je sais seulement que vous êtes jeune et que vous n’êtes pas marié, deux points essentiels même dans le bleu des nuages.
Mais, je vous avertis que je suis charmante ; cette douce pensée vous encouragera à me répondre. Il me semble que si j’étais homme je ne voudrais pas de commerce même épistolaire avec une vieille anglaise fagotée… quoiqu’en pense Miss Hastings.

R. G. D. Bureau de la Magdeleine.

A MARIE BASHKIRTSEFF

Cannes, 1, rue du Redan.
[Mars 1884.]

Madame,
Ma lettre assurément, ne sera pas celle que vous attendez. Je veux d’abord vous remercier de votre bonne grâce à mon égard et de vos compliments aimables, puis nous allons causer, en gens raisonnables.
Vous me demandez d’être ma confidente ? A quel titre ? Je ne vous connais point. Pourquoi dirais-je, à vous, une inconnue, dont l’esprit, les tendances et le reste peuvent ne point convenir à mon tempérament intellectuel, ce que je peux dire, de vive voix, dans l’intimité, aux femmes qui sont mes amies ? Ne serait-ce point un acte d’écervelé, et d’inconstant ami ?
Qu’est-ce que le mystère peut ajouter au charme des relations par lettres ?
Toute la douceur des affections entre homme et femme (j’entends des affections chastes) ne vient-elle pas surtout du plaisir de se voir, et de causer en se regardant, et de retrouver, en pensée, quand on écrit à l’amie, les traits de son visage flottant entre vos yeux et ce papier ?
Comment même écrire des choses intimes, le fond de soi, à un être dont on ignore la forme physique, la couleur des cheveux, le sourire et le regard ?
Quel intérêt aurais-je à vous raconter « j’ai fait ceci, j’ai fait cela », sachant que cela n’évoquera devant vous que l’image des choses peu intéressantes, puisque vous ne me connaîtrez point ?
Vous faites allusion à une lettre que j’ai reçue dernièrement, elle était d’un homme qui me demandait un conseil. Voilà tout.
Je reviens aux lettres d’inconnues. J’en ai reçu depuis deux ans cinquante à soixante environ. Comment choisir entre ces femmes la confidente de mon âme, comme vous dites ?
Quand elles veulent bien se montrer et faire connaissance comme dans le monde des simples bourgeois, des relations d’amitié et de confiance peuvent s’établir ; sinon pourquoi négliger les amies charmantes qu’on connaît, pour une amie qui peut être charmante, mais inconnue, c’est-à-dire qui peut être désagréable, soit à nos yeux, soit à notre pensée ? Tout cela n’est pas très galant, n’est-ce pas ? Mais si je me jetais à vos pieds, pourriez-vous me croire fidèle dans mes affections morales ?
Pardonnez-moi, Madame, ces raisonnements d’homme plus pratique que poétique, et croyez-moi votre reconnaissant et dévoué

GUY DE MAUPASSANT

PS : Pardon pour les ratures de ma lettre, je ne puis écrire sans en faire et je n’ai point le temps de me recopier.

DE MARIE BASHKIRTSEFF
A GUY DE MAUPASSANT

[Mars 1884.]

Votre lettre, Monsieur, ne me surprend pas et je ne m’attendais pas tout à fait à ce que vous semblez croire.
Mais d’abord je ne vous ai pas demandé d’être votre confidente, ce serait un peu trop simple, et si vous avez le temps de relire ma lettre, vous verrez que vous n’aviez pas daigné saisir du premier coup le ton ironique et irrévérencieux que j’ai employé à mon égard.
Vous m’indiquez aussi le sexe de votre autre correspondant, je vous remercie de me rassurer, mais ma jalousie étant toute spirituelle, cela m’importait peu.
Me répondre par des confidences, serait l’acte d’un écervelé, attendu que vous ne me connaissez point ?… Serait-ce abuser de votre sensibilité, Monsieur, que de vous apprendre à brûle-pourpoint la mort du roi Henri IV ?
Répondre par des confidences, puisque vous avez compris que je vous en demandais par retour du courrier, serait vous moquer spirituellement de moi et si j’avais été à votre place, je l’aurais fait, car je suis quelquefois très gaie tout en étant souvent assez triste pour rêver des épanchements par lettre avec un philosophe inconnu et pour partager vos impressions sur le Carnaval. Tout à fait bien et profondément sentie cette chronique, deux colonnes qu’on relit trois fois, mais en revanche, quelle rengaine que l’histoire de la vieille mère qui se venge des Prussiens ! (Ça doit être de l’époque de la lecture de ma lettre.)
Pour ce qui est du charme que peut ajouter le mystère, tout dépend des goûts… Que ça ne vous amuse pas, bien, mais moi ça m’amuse follement, je le confesse en toute sincérité de même que la joie enfantine causée par votre lettre, telle quelle.
Du reste, si ça ne vous amuse pas, c’est que pas une de vos correspondantes n’a su vous intéresser, voilà tout, et si moi non plus je n’ai pas su frapper la note juste, je suis trop raisonnable pour vous en vouloir.
Rien que 60 ? Je vous aurais cru plus obsédé… Avez-vous répondu à toutes ?
Mon tempérament intellectuel peut ne pas vous convenir… Vous seriez bien difficile… enfin je m’imagine que je vous connais (c’est du reste l’effet que les romanciers produisent sur les petites femmes un peu bêtes). Pourtant vous devez avoir raison.
Comme je vous écris avec la plus grande simplicité (par suite du sentiment sus-indiqué), il se peut que j’aie l’air d’une jeune personne sentimentale ou même d’une chercheuse d’aventure… Ce serait bien vexant.
Ne vous excusez donc pas de votre manque de poésie, galanterie, etc.
Décidément ma lettre était plate.
A mon très vif regret, en resterons-nous donc là ? A moins qu’il me prenne envie quelque jour de vous prouver que je ne méritais pas le nº 61.
Quant à vos raisonnements, ils sont bons mais partis à faux. Je vous les pardonne donc et même les ratures et la vieille et les Prussiens ! Soyez heureux !!!
Pourtant s’il ne vous fallait qu’un signalement vague, pour m attirer les beautés de votre vieille âme sans flair, on pourrait dire par exemple : cheveux blonds, taille moyenne. Née entre l’an 1812 et l’an 1863. Et au moral… Non, j’aurais l’air de me vanter, et vous apprendriez, du coup que je suis de Marseille.
P.-S. Pardonnez-moi les taches et les ratures, etc. Mais je me suis recopiée déjà trois fois.

 

A MARIE BASHKIRTSEFF

Cannes, 1, rue du Redan.
[Mars 1884.]

Oui, Madame, une seconde lettre ! Cela m’étonne. J’éprouve peut-être le désir vague de vous dire des impertinences. Cela m’est permis puisque je ne vous connais point ; et bien non, je vous écris parce que je m’ennuie abominablement !
Vous me reprochez d’avoir fait une rengaine avec la vieille femme aux Prussiens, mais tout est rengaine. Je ne fais que cela ; je n’entends que cela. Toutes les idées, toutes les phrases, toutes les discussions, toutes les croyances sont des rengaines.
N’en est-ce pas une, et une forte, et une puérile d’écrire à une inconnue ?
En somme, là-dedans, je suis un niais. Vous me connaissez plus ou moins. Vous savez ce que vous faites et à qui vous vous adressez ; on vous a dit ceci ou cela sur moi, du bien ou du mal : peu importe. Quand même vous n’auriez rencontré personne de mes relations qui sont larges, vous avez lu des articles de journaux sur mon compte, portrait physique et portrait moral ; enfin vous vous amusez, très sûre de ce que vous faites. Mais moi ?
Vous pouvez être, il est vrai, une femme jeune et charmante dont je serai heureux, un jour, de baiser les mains ?
Mais vous pouvez être aussi une vieille concierge nourrie des romans d’Eugène Sue ?
Vous pouvez être une demoiselle de compagnie lettrée et mûre et sèche comme un balai ?
Au fait, êtes-vous maigre ? Pas trop, n’est-ce pas ? Je serais désolé d’avoir une correspondante maigre. Je me méfie de tout avec les inconnues.
J’ai été pris à des pièges ridicules. Un pensionnat de jeunes filles a entretenu avec moi une correspondance par la plume d’une sous-maîtresse. On se passait mes réponses de main en main pendant les classes. La ruse était drôle et m’a fait rire quand je l’ai sue – par la sous-maîtresse elle-même.
Êtes-vous une mondaine ? Une sentimentale ? ou simplement une romanesque ? ou encore simplement une femme qui s’ennuie – et qui se distrait. Moi, voyez-vous, je ne suis nullement l’homme que vous cherchez.
Je n’ai pas pour un sou de poésie. Je prends tout avec indifférence et je passe les deux tiers de mon temps à m’ennuyer profondément. J’occupe le troisième tiers à écrire des lignes que je vends le plus cher possible en me désolant d’être obligé de faire ce métier abominable qui m’a valu l’honneur d’être distingué – moralement – par vous !
- Voilà des confidences – qu’en dites vous, madame ? Vous devez me trouver très sans gêne, pardonnez-moi. Il me semble, en vous écrivant que je marche dans un souterrain noir avec la crainte de trous devant mes pieds. Et je donne des coups de canne au hasard pour sonder le sol.
Quel est votre parfum ?
Êtes-vous gourmande ?
Comment est votre oreille physique ?
La couleur de vos yeux ?
Musicienne ?
Je ne vous demande pas si vous êtes mariée. Si vous l’êtes, vous me répondrez non. Si vous ne l’êtes pas, vous me répondrez oui.
Je vous baise les mains, Madame.

GUY DE MAUPASSANT

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décembre 1, 2009

Photos du château

Classé dans : 6. Réflexions et autres gamberges, 7. Souvenirs, souvenirs — motpassant @ 9:30

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novembre 30, 2009

Le château de Saulxures

Classé dans : 6. Réflexions et autres gamberges, Humeurs et réflexions — motpassant @ 2:39

J’avais déjà écrit un petit billet au sujet de ce château, situé dans le village de mon enfance dans les Hautes-Vosges.

Pour aller en classe, je passais tous les jours devant cet édifice qui représentait bien ce que pouvait être à l’époque les rapports sociaux.

Trois usines de production de tissus.

90 % des habitants employés, logés à prix réduits dans des logements sans eau, ni toilette.

La sirène à 13 heures qui appelait au travail.

Les enfants embauchés dès 14 ans sans distinction de tâches ni d’horaires avec les adultes.

Et au milieu de ce village, ce petit Versailles appartenant à la famille propriétaire de cette construction qui a participé largement à ma conscience politique.

Mais il faut se rendre à l’évidence et se dire qu’à l’heure actuelle , cinquante après les choses n’ont guère changées.

Et pourtant, je viens de signer la pétition ICI pour éviter la démolition totale de cet objet de tant de questionnements de ma part, lorsque, enfant, mes yeux tentaient de percer les mystères qui ne devaient pas manquer de se cacher dans ces dizaines de pièces.

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novembre 13, 2009

Souvenirs

Classé dans : 7. Souvenirs, souvenirs — motpassant @ 9:42

Extrait du recueil Contes du jour et de la nuit par Maupassant


« Comme il m’en vient des souvenirs de jeunesse sous la douce caresse du premier soleil ! Il est un âge où tout est bon, gai, charmant, grisant. Qu’ils sont exquis les souvenirs des anciens printemps ! »

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