ICI, LA ET AILLEURS

avril 26, 2009

Lhasa de Sela

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 7:24

De son enfance bohème sur les routes du Mexique et des Etats-Unis s’est développé un imaginaire débordant, de ses multiples voyages, elle a tiré une musique inclassable, à la fois très moderne et enracinée dans les traditions, mélangeant l’espagnol, l’anglais et le français.

D’autres infos ICI, ICI, ICI et ICI

Lhasa de Sela – Rising (2009)

 

La confession

 

 

Pa’Llegar a tu Lado

 

avril 21, 2009

Zola

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 9:35

 

Du moment où l’on, quitte le terrain solide du vrai, on est lancé dans toutes les monstruosités. Prenez les romans et les drames romantiques, étudiez-les à ce point de vue ; vous y trouverez les raffinements les plus honteux de la débauche, les insanités les plus stupéfiantes de la chair et de l’esprit. Sans doute, ces ordures sont magnifiquement drapées ; ce sont des alcôves abominables dont on a tiré les rideaux de soie, mais je soutiens que ces voiles, ces réticences, ces infamies cachées offrent un péril d’autant plus grand que le lecteur peut rêver à son aise, les élargir, s’y abandonner comme à une récréation délicieuse et permise. Avec les œuvres naturalistes, cette hypocrisie du vice secrètement chatouillé est impossible. Elles épouvantent peut-être ; elles ne corrompent pas. La vérité n’égare personne. Si on l’épargne aux enfants, elle est faite pour les hommes, et quiconque l’approche en tire un profit certain. Ce sont pourtant là des idées bien simples et irréfutables, sur lesquelles tout le monde devrait être d’accord.
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avril 8, 2009

Mon oncle fossoyeur

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 4:10

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Le cimetière était situé au milieu du village. Au milieu de la rue principale, contrairement à beaucoup de cimetières qui donnent à penser qu’ils ont été relégués à l’extérieur avec le prétexte hypocrite qu’il s’agit d’un endroit plus propice à la réflexion, au calme. C’est du moins l’impression que me donnait cet îlot peuplé de tombes et de tombeaux entretenus, choyés, fleuris, aux allées recouvertes de ces graviers blancs dont la base de gypse et de mica reflétait une luminosité dont la perception, dans ce lieu de silence laissait sans nul doute au visiteur une sensation de sérénité et de recueillement.

Ce cimetière me paraissait immense et quand j’y suis retourné adulte, cette impression s’est confirmée. Un imposant portail s’ouvrait sur l’allée principale et de chaque côté de ce portail, deux non-moins imposantes constructions dotées d’un porche en forme de voûte servaient de logement à mon oncle. Mon oncle fossoyeur. A droite, se situait le logement principal avec la cuisine et les chambres. Je n’ai jamais très bien su à quoi servait le logement de gauche.

La petite fenêtre de la cuisine donnait sur les tombes distantes de quelques mètres. Même le jardin potager se trouvait dans l’enceinte du cimetière, ainsi que le petit atelier de bricolage.

C’était un homme fort. Mais paradoxalement, de sa personne se dégageait une finesse, une écoute qui, qui dès mon plus jeune âge ont contribué à rechercher sa présence. J’étais trop jeune pour me préoccuper de ses origines et je ne sais toujours pas à l’heure actuelle de quel milieu il était issu. Mais il était tout le contraire de l’image que l’on se plaît à donner à un fossoyeur. A un homme dont le métier est de creuser des tombes et d’enterrer les morts.

Il avait un côté Victor Mature. Ses chemises à carreaux, retroussées laissaient voir ses bras musclés aux poils noirs. J’ai le souvenir de cet homme, au fond d’un trou de terre jaune, qui tout en m’accueillant avec ce sourire d’acteur extrayait, devant moi, les os humains d’une concession probablement arrivée à terme. C’est ainsi qu’en me questionnant sur ma vie quotidienne, des tibias, des péronés, des fémurs me passaient devant les yeux. Mais ce qui me frappait le plus c’était sa méticulosité, sa rigueur, sa précision respectueuse dans la préparation d’une nouvelle tombe. Laisser la place nette au nouvel arrivant.

Il préparait ses outils comme un musicien prépare son instrument. Son travail s’imprégnait d’une certaine solennité comme s’il avait voulu, lui aussi rendre hommage au disparu et participer ainsi à son repos éternel. Quand, à l’aide d’une corde il traçait les limites de la tombe, quand il se redressait pour évaluer les distances, son visage se tendait, accentuant ses nombreuses rides. Puis il s’emparait de la pioche et commençait par un fin travail de piquetage afin de définir le contour pour ensuite accentuer son effort et entamer la couche de terre sablonneuse qui semblait résister à se laisser déranger après tant d’années de calme et de silence. Peu à peu, il s’enfonçait dans le trou et, la profondeur et l’étroitesse du trou l’obligeaient à un exercice de souplesse chaque fois qu’il devait éjecter une pelletée de terre.

De temps à autres, il s’arrêtait et sans sortir de son trou me demandait si je lisais, si je me nourrissais bien, qu’il fallait que je prenne un jus de citron tous les matins et qu’il fallait impérativement que je travaille à l’école.

Et la terre recommençait à jaillir, s’accumulant avec précision en un tas suffisamment éloigné de la tombe afin de ne pas gêner la cérémonie d’inhumation. Au fil des allées, sous le faible crissement des gravillons blancs, évoluaient furtivement des ombres accablées au milieu de ce mélange architectural qui caractérise un cimetière et dont la composition représente ce qu’il peut y avoir d’inégalités et d’étalages de fortunes diverses. C’est ainsi qu’à côté d’une tombe dont la modestie émeut, s’impose sans pudeur un tombeau de marbre rutilant, et de nouveau, plus loin une simple couche de terre révèle le repos d’un mort qui, même en cet endroit n’échappe pas à la différence sociale de sa vie terrestre.

Quand enfin il jugeait qu’il avait respecté la taille prévue du trou, il remontait à la surface à l’aide d’une petite échelle de bois qu’il avait confectionné lui-même. Quelques heures s’étaient écoulées, quelques heures hors du temps, imprégnées de solennité, de sérénité pendant lesquelles mon âme d’enfant avait pris une autre dimension, mais aussi la mesure de la vie et de son aboutissement.

Alors soigneusement, il nettoyait chacun de ses outils. Puis il ôtait son veston, découvrant son éternelle chemise épaisse à carreaux et me prenait la main tendrement comme pour me remercier de ma présence à ses côtés.

Très jeune, à 17 ans, il avait été déporté. Torturé. Avait servi de cobaye pour des expérimentations qui l’avaient rendu stérile. Puis, les Allemands l’ayant « utilisé «  probablement jusqu’au bout l’avaient, avec d’autres fusillé. Mais la mort n’avait pas voulu de lui et recouvert de ses camarades morts pendant plus de deux jours il avait réussi à s’extraire, miraculeusement vivant, et à s’évader.

Certaines épreuves détruisent, d’autres enrichissent et lui s’était enrichi. Il avait réussi à assumer ce déchaînement de violence par une philosophie qui pouvait, dans ce milieu, le faire passer pour un original, mais une philosophie de bonté, de délicatesse qu’il répandait autour de lui, sourd à toutes les réticences ou contradictions qu’il rencontrait. Il avait trouvé en moi l’enfant qu’il n’aurait jamais et c’est la raison pour laquelle j’aimais lui rendre visite, même au prix de voir des os humains voler devant mes yeux !

Tout au long de sa vie, il a été au contact de la mort. Le vivant parmi les morts. La mort qui tue, la mort anormale, violente et injuste, mais il a été aussi au contact de la mort comme aboutissement de la vie. Cette mort que chacun d’entres nous connaîtra. Il a connu ces deux morts

Une vie entière concernée par la mort

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avril 5, 2009

Début de printemps…

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 3:25

Lorsque les premiers beaux jours arrivent, que la terre s’éveille et reverdit, que la tiédeur parfumée de l’air nous caresse la peau, entre dans la  poitrine, semble pénétrer au cœur lui-même, il nous vient des désirs vagues de bonheurs indéfinis, des envies de courir, d’aller au hasard, de chercher aventure, de boire du printemps…..

Au printemps Guy de Maupassant

 

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Bébé lilas

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Primevères

 

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Jacinthes

 

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Naissance du jardin   

 

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Bébé magnolia

 

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Tulipes triomphantes

 

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Vieux cerisier exubérant

 

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Bébé Corête du Japon

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avril 1, 2009

Charlie Winston – Like a Hobo

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 3:59

 

mars 31, 2009

Colette Calascione

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 7:26

Comme souvent, c’est à dire par hasard, mais le hasard existe-t-il ? Une rencontre se produit. Quelque soit l’heure de la journée. Un matin. Un soir. Une nuit. Peut-être faut-il être disposé, à un moment donné à recevoir l’univers d’un  artiste. Et quand, j’ai découvert celle-ci ICI, ce blog d’une qualité exceptionnelle, je n’ai pas hésité à vous proposer ces quelques œuvres, mais vous trouverez toutes les autres ICI.

Elle parle de son travail ICI

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mars 13, 2009

Etonnement…

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 10:10

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Reconnais-toi
Cette adorable personne c’est toi
Sous le grand chapeau canotier
Œil
Nez
La bouche
Voici l’ovale de ta figure
Ton cou exquis
Voici enfin l’imparfaite image de ton buste adoré 
                                       vu comme à travers un nuage
Un peu plus bas c’est ton cœur qui bat

Guillaume Apollinaire,

mars 9, 2009

Sans réfléchir….

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 4:01

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A : Amour, amant, AIMANT.

B : barbouiller, BONNE BOUILLE, bonne bouffe, baffe.

C : CORRESPONDANCE, compatibilité, comptabilité, connerie.

D: distance, distribution, DOUTE, dare-dare, désamour.

E : égalité, égoïsme, ESPOIR, empathie, éparpillé.

F : FEMME, femme, flemme, fromage, folie.

G : G, géant, grognement, gémissement, grossissement.

H : homme, hirsute, HACHOIR, hochement de la tête.

I : Ignare, imbécile, inaptitude, inepte, ICÖNE, irrécupérable, e-mail

J : juin, juillet, jardin, joie, jasmin.

K : Knock-out, kopeck, kouglof, krach, karité.

L : linoléum, livre de chevet, lyre, lien, libanais.

M : MENSONGE, mesure, métrique, mimosa.

N : niveau, NON, nombre, nébuleux.

O : ombre, oser, ÔTER, offrir.

P : PARTIR, poser, porte, périmé.

Q : quérir, quiétude, queue, QUAND.

R : rigoler, riper, river, RENDRE, ramper.

S : suer, sortir, SENTIR, sortilège, sens.

T : tentation, tuer, TENIR, tendre.

U : unité, unir, urticaire, USTENSILE.

V : voler, voler, vendre, venir, VETILLE.

W : wagon-citerne, wigwam, WISKHY.

X : Xérès, xylophone, X.

Y : yé-yé, YO-YO, yeux globuleux.

Z : zizou, zip, ZYGOMATIQUE, zéphyr.

mars 6, 2009

Séparation

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 3:23

 

L’automne est arrivé avec ses brumes, ses brouillards et ses premiers frissons. De bonne heure la porte s’est ouverte. Avait-on frappé à la vitre de cette petite porte de la cuisine ? Mais pourquoi donc s’arrêter à un tel détail dans un tel moment ? Est-ce de l’évitement ? Du refus d’accepter une réalité inassimilable ?

Mais, les deux hommes sont là, maintenant. Debout. Immenses. Sombres. Sérieux. Ils emplissent la pièce d’un monde indéfinissable, d’un monde suffisamment éloigné pour que le nôtre, notre monde et le leur n’aient jamais à se rencontrer. Pourtant, ce monde d’ailleurs est là, vainqueur, et va imposer ses volontés.

Pas de paroles. Ou alors, quelques-unes unes, des mots convenus, des mots «  de pas de chez nous « Des mots qui sonnent comme des commandements, comme des proclamations, comme des claquements.

Mais déjà la petite porte de la cuisine s’ouvre pour laisser passer l’adolescent et sa petite valise beige. Tremblements. Fatalité.

La voiture est là. Juste devant la petite porte, à quelques pas, symbole de séparation, de puissance, imposante, à l’image du chauffeur qui, en vain, tente d’exorciser la douleur de celui qui reçoit comme un coup le sentiment d’une cassure sans retour.

Juste un regard pour la petite fille blonde et frêle. Juste un regard qui libère des larmes trop longtemps retenues. Des larmes qui soulagent. Des larmes comme un voile de fin tissu transparent qui s’interposeraient et adouciraient ces secondes empreintes d’une désespérance impuissante.

Un regard bleu qui restera à jamais ancré, un regard bleu qui flottera au fil des années dans la jeune mémoire, comme un fragile nuage ballotté par des vents capricieux dans un ciel parfois complice.

Puis, commence le trajet. Les routes sinueuses découvrant des paysages nouveaux, finalement étonnants.

Les douleurs d’adolescent se parent des découvertes que la vie propose, transformant parfois celles-ci en fardeaux, mais aussi en espoirs jaillissants.

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février 27, 2009

Cuisine africaine

Classé dans : Humeurs et réflexions — motpassant @ 4:01

Acacia

Photo © Dominique GANTEILLE

 

Toute la tribu était en transes. La nuit chaude, lourde, était de temps à autres transpercée par les cris aigus des femmes aux seins lourds. Les enfants, les yeux brillants d’émerveillement, luttaient contre le sommeil, ne voulant rien rater de ce spectacle si rare dont les adultes leurs avaient tant vanté la magie.

Au centre du groupe, reposant sur de grosses pierres rondes, une marmite de fer blanc dans laquelle j’avais été contraint d’entrer. L’eau n’était pas encore chaude. Une eau brunâtre, en raison probablement des multiples plantes et racines ajoutées régulièrement dans un geste théâtral par les hommes chargés de la progression de la recette et soucieux de faire encore mieux que la dernière fois. Un bouillon qui, je dois le reconnaître laissait échapper des senteurs inconnues, mais très agréables au point que pendant quelques secondes, j’oubliais que j’étais le principal ingrédient de ce mets délicieux.

J’étais en quelque sorte, la vedette d’un spectacle qui serait clôturé par la dégustation de mon corps. Et, peu à peu, l’idée d’être agréable à manger prit forme et atténua dans une certaine mesure mon appréhension bien légitime quant à mon avenir immédiat. Peut-être était-ce du à ces plantes inconnues de l’occidental que j’étais, mais peu à peu et bien que la température de l’eau commençait à monter, il me parut important de participer à la qualité gustative de ce plat qui, d’après la mine réjouie des cuisiniers-danseurs était sans nul doute un plat de fête.

Ce mot « fête » qui,  -  allez savoir ce qui se passe dans la tête d’une personne en train de cuire dans une marmite au beau milieu de l’Afrique  –  me rappelât le sort de la langouste, cette pauvre langouste que l’on jette vivante dans l’eau bouillante pendant seulement quelques minutes, alors que moi, j’avais la possibilité, non seulement d’être le plat principal, mais aussi de donner à celui-ci une saveur particulière dont je pensais  -  mais est-on jamais sûr dans ce domaine  -  que ma chair et mes os apporteraient à leurs palais curieux une touche d’exotisme, un peu comme lors de mes dernières vacances pendant lesquelles je m’étais extasié sur la saveur d’un couscous aux poissons mitonné avec patience et talent par une habitante d’un petit village tunisien, niché au creux d’une vallée verdoyante, couverte d’oliviers.

Au fur et à mesure que l’eau devenait plus chaude, presque frémissante, mon souci devint donc celui de me détendre afin de pas dénaturer la qualité de ma chair. J’arrivais même à sourire, ce qui étonnait mes cuisiniers, qui du coup rajoutaient du bois, impatients qu’ils étaient de goûter à la chair de ce blanc qui avait osé entrer dans leurs terres pour les observer et les étudier comme des bêtes curieuses et qui, si j’en juge par ma position actuelle, avait eu pour effet de les énerver.

Je fus presque content de constater que ma cuisson ne prit pas plus de deux heures. Je suis pourtant de forte constitution, enfin, je dis cela pour éviter de dire qu’en fait, je suis constitué de beaucoup de graisse et ce fut confirmé dès qu’ils décidèrent que j’étais cuit à point et que sans difficultés, sans même un couteau, ils se distribuèrent pour les uns, les bras, les mains, pour les autres les jambes, les pieds, enfin toutes les parties de mon corps. Et tout cela dans un concert de cris de joie auquel je me serais sûrement associé dans un tout autre contexte.

Puis arriva le tour de décider qui mangerait ma tête. Et, aussitôt me vint à l’esprit – c’est fou tout ce qui vient à l’esprit dans ces moments là – le plat de lapin à la moutarde de ma grand-mère d’où, une fois la cocote presque vide, émergeait la tête aux dents apparentes et aux yeux globuleux sur laquelle se précipitait mon grand-père. En fait personne ne la lui disputait, car cela avait l’avantage de le faire taire pendant qu’il aspirait le moindre recoin de cette pauvre tête qui finissait nettoyée, presque blanche à l’image des squelettes que l’on nous faisait découvrir à l’école.

Pour ma part, ma tête, cette tête qui m’avait donné tant de soucis jusqu’à ce jour, cette tête dont j’avais conscience de ne pas avoir utilisé toute ses possibilités, cette tête qui me faisait si souvent défaut lorsque je devais apparaître devant mes congénères, cette tête devenait, tout à coup une tête importante, une tête qui faisait des envieux, une tête vers laquelle tous les yeux étaient tendus dans l’espoir d’en profiter alors que celle-ci, de son vivant m’avait paru si insignifiante, souvent si inefficace.

Et la voilà, cette tête, tellement convoitée qu’elle roule au sol. La voilà, cette tête pour laquelle des hommes et des femmes se battent, pour en tirer une substance qui, disent-ils, leur apportera force et intelligence.

Ma cervelle,  -  tiens je la croyais plus petite !  -  finit dans les mains du chef qui, fou de bonheur, retarde le moment de l’engloutir.

Désormais, il ne reste rien de mon corps, mais la pensée de savoir que celui-ci s’est intégré dans d’autres corps m’emplit de bonheur. S’agirait-il en quelque sorte d’une réincarnation ?

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