Deux mois se sont écoulés et j’ai éprouvé le besoin d’approfondir ma réflexion sur mes sentiments après mon  retour de Compostelle.

<< Le masque social tombe, la fragilité physique se révèle, les rencontres ébranlent. >>

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En fait, c’est probablement à partir de cette phrase que l’on peut tenter d’analyser ce qui se passe au retour de Compostelle.

De quoi souffrons-nous le plus dans notre vie quotidienne : de notre difficulté à intégrer un modèle social en mutation permanente, un modèle qui peu à peu a modifié les codes de relations entre les êtres en les orientant de plus en plus vers une notion matérielle et que chacun , malgré lui ou inconsciemment comprend que cette notion est insuffisante pour trouver l’épanouissement qu’il recherche. Bien souvent les ponts entre générations sont coupés ou inexistants, les générations se succèdent sans les acquits des précédentes. L’âge, l’expérience ne sont plus les valeurs qui permettaient de valoriser une vie.

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La fragilité physique, la méconnaissance des possibilités physiques de son corps font partie de ces interrogations. La société dans laquelle nous vivons actuellement fait souvent abstraction des ressources physiques que nous sommes capables de développer. A un moment donné, la plupart d’entre nous éprouve le besoin de faire ou refaire du sport. De retrouver par là une forme de jeunesse au moment où les premiers symptômes de la vieillesse se précisent. Et dès que le rythme est retrouvé, que l’on sent que le corps nous remercie d’avoir fait ces efforts, il se produit comme une régénération, laquelle ajoutée au questionnement du déroulement de sa vie, nous entraîne parfois vers une recherche intérieure  permettant cet approfondissement.

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Puis il y a l’inévitable bilan. Le bilan des différentes étapes de la vie. Des étapes importantes. L’enfance, l’adolescence, les rencontres, le mariage, les enfants et petits-enfants, cela ajouté au bilan professionnel génèrent une sorte de pression qu’il convient de juguler, de démêler et là intervient la notion du “ moment “ “ de l’opportunité “  de trouver le “ cadre “ propice à une réflexion permettant de faire le “ tri “. Les événements de la vie s’accumulent au cours des années, sans forcément donner le temps de se “ retourner “, de comprendre ce qui s’est imposé, ce qui nous a forgé. Certains, bien sûr ont la possibilité d’adosser tout ce questionnement à une pratique religieuse qui leur permet, par son dogme, de justifier tels ou tels événements et d’alléger ainsi la charge .

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Un retour sur soi peut parfois provoquer une prise de conscience plus importante permettant d’allier une réflexion sur l’esprit et le physique. Et c’est peut-être à partir de là qu’intervient la notion de trouver un cadre propice pour se poser, prendre du recul, un cadre permettant de retrouver le calme et d’échapper au rythme obligatoire de la vie courante. Comment faire un retour sur soi sans avoir la possibilité de “ se poser “, de faire une pause et de se regarder ?

 C’est là que l’idée du chemin s’impose ou devient plus concrète. Quoi de mieux qu’un chemin se déroulant au travers de paysages magnifiques, de contrées inconnues, quoi de mieux qu’un chemin qui, lentement, sans bruit, discrètement, serpente sur les flans des montagnes accueillantes. Et puis ce chemin est délimité, il est balisé, il suffit de le suivre en restant ouvert à ce qui nous entoure. S’en détourner, c’est se perdre à coup sûr, c’est s’égarer, perdre ses repères. Le chemin est rassurant, il suffit de se reposer sur lui, de laisser aller ses pas et sa tête pour acquérir au fil des km et des jours un repos de l’âme et du corps, lesquels tout à coup libres et sans contraintes, prennent toute leur dimension.

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Et peu à peu, par diverses informations le Chemin de Compostelle devient une évidence. Il suffit alors de l’emprunter pour s’imprégner des traces laissées depuis de siècles par des milliers de pèlerins. De poser ses pas sur les mêmes pierres lisses des sentiers de chèvres, dans les mêmes ornières . De subir les mêmes souffrances quand le chemin se dirige vers les sommets ou qu’au contraire il descend vers une vallée. Le Chemin devient alors une sorte de demeure personnelle dans laquelle, pendant une ou plusieurs semaines, voire des mois, un refuge à l’intérieur duquel les conditions étant réunies, on peut se tourner vers soi et tenter de comprendre ce que l’on est devenu pour mieux envisager sa place dans une société qu’il faudra bien réintégrer.

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Alors, évidemment une seule expérience de ce genre suffit-elle à faire ce travail ?

N’est-il pas temps lorsqu’on accompli ce pèlerinage de mettre en pratique ces longues heures de méditation, ces longues heures pendant lesquelles on est allé au bout de soi-même physiquement ? Et faut-il résister à cette envie de repartir qui taraude avant même la fin du parcours ?

C’est une question très personnelle, mais après tout, consacrer chaque année quelques semaines à se retrouver serait-il excessif  dans la mesure où la disponibilité est là ?

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Refaire un bout de Chemin ou le Chemin en entier par telle ou telle voie est tout à fait légitime. A propos de disponibilité, il semble évident que disposer de deux mois pour faire, par exemple le Puy- Compostelle n’est pas à la portée de tout le monde. Mais avec le recul, et une fois de retour on se rend compte de la brièveté de cette absence de la vie courante et on prend conscience que deux mois dans une vie sans ses proches, sans son milieu professionnel, sans même ses amis est en fait une période très courte.

Entamer le Chemin, s’est mettre sa vie en parenthèses et donner à celle-ci l’occasion de se reposer, de se reconstruire, de recréer les bases d’un nouveau départ. C’est se mettre en état de recevoir et de donner. C’est aussi laisser libre son corps d’éprouver des émotions qu’il lui faut souvent contenir dans la vie quotidienne et ainsi se disposer à  » accepter  » de multiples rencontres, d’être confronté à de multiples personnalités de toutes nationalités et s’unir ainsi dans un même but, bien que chacun ait son propre parcours et se fasse son propre Chemin. Les émotions reçues chaque jour sont en quelque sorte le ciment qui peu à peu pose les bases d’une redécouverte des autres et surtout de soi-même.

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  1. michèle dit :

    tout simplement : bravo !
    mon rêve du domaine de l’impossible

    mais je suis si heureuse pour ceux qui réalisent de chemin..
    bonne soirée Daniel

  2. sandrine dit :

    voici un peu plus d’un semaine que je suis rentrée, toute déboussolée et ne sachant trouver les mots pour expliquer. vous l avez ci bien fait et vos mots résonnent si fort en moi! merci infiniment.

  3. Michèle dit :

    Raymond m’a offert à ce sujet un livre superbe , le témoignage ci-dessus est fort et je pense que ce doit être la réalité, tous ceux qui m’en ont parlé disent la même chose ..
    Daniel à bientôt une fois de plus mais comme on le dit : il faudra prendre le taureau par les cornes !
    mes amitiés

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