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Fin des classes. Début de l’été. Souvenirs de cartable abandonné. Fin de l’attente sous forme d’une récompense qu’il s’attribue arbitrairement parce qu’il sait que dès le lendemain, il passera ses journées et même ses nuits chez le père Michel et la mère Michel.

Ce couple de récupérateur, de ferrailleur habitait à moins de 100 mètres de la maison familiale, mais son cœur s’emplissait d’une joie frissonnante  à l’idée de se fondre dans cette féerie que représentaient les montagnes de cuivre, de plomb, de fer, d’aluminium, de livres, ainsi que des magasines, des revues, des bandes dessinées sur une hauteur de plusieurs mètres, destinés à être conditionnés en grosses balles, Montagne aussi d’os puants qu’il prenait soin d’éviter, non pas tant à cause de l’odeur, mais en raison de la peur qu’elle provoquait. La peur de voir soudain, cette amas d’os se mettre à bouger et fondre sur lui, aussi il n’hésitait pas, pour procéder à ce contournement – et ce au péril de la chute – à grimper sur une clôture branlante et  accomplir un saut acrobatique périlleux, mais tout valait mieux que de voir ces os puants revivrent et l’emporter dans le monde des morts.

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Mais ce séjour original, ce lieu de vacances si particulier pour certains de mes petits camarades, porteur de tant de petits bonheurs était cette année là sublimé par sa découverte des prémisses d’une sexualité perturbatrice, et dont la vision de la jeune voisine au teint mat n’était pas étrangère. C‘est ainsi qu’entre le fer et le plomb, il ne manquait jamais son apparition, soit à la fenêtre, soit dans le jardin ou encore lors de ses rares passages dans la rue. Son père était menuisier, mais le garçon ne retenait de cet homme que sa qualité de fabricant des cercueils pour tout le village.

Il ne pourra aussi également jamais oublier les colères noires, ou plus exactement les colères rouges, du père Michel, gros homme au ventre si proéminent qu’il avait du mal, à table, à atteindre son assiette à cause de ses bras trop courts, ce qui provoquait des catastrophes vestimentaires dont il se moquait éperdument. Des colères tournées exclusivement vers la mère Michel, dont l’indifférence à ces tempêtes soudaines et rapprochées ne faisait qu’exacerber davantage le gros homme fulminant. Des colères souvent futiles, mais dont le jeune âge du garçon faisait qu’il ne pouvait en deviner la gravité.

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Puis arrivait la fin de ces beaux jours d’été. Les orages d’août annonçaient la fin de cette période magique et il devait rejoindre le foyer familial qu’il n’avait eu aucune difficulté à mettre de côté pour mieux se fondre dans cet univers de fer, de feu, de bois, de bruits des presses, des camions patauds et pétaradants. Il quittait le père et la mère Michel en larmes, malgré une promesse de retour l’année suivante.

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  1. berdepas dit :

    Belle histoire de vacances enfantines des années 50.
    La preuve qu’une paquerette peut pousser, même sur un tas de fumier …..

  2. lidia dit :

    C’est très beau.
    Beau comme un chemin.

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