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A l’époque des cuisinières à bois, souvent source principale de chaleur dans les maisons, se trouvait accolée… la caisse à bois.

La caisse à bois était rudimentaire. Pour le monde des adultes, sa destination n’avait qu’une fonction purement pratique : stocker le bois préalablement débité, coupé, entreposé au sec au cours de l’automne, avant la venue de l’hiver toujours long et froid dans cette région.

Mais pour moi, la caisse à bois exprimait tout autre chose.

Il y avait tout d’abord sa taille et sa hauteur qui m’autorisait sans trop de difficultés à l’utiliser comme siège.

Il y avait ce rebord formé par l’ouverture permettant de la remplir et sur lequel je pouvais reposer mes pieds.

Il y avait l’odeur du bois sec des forêts vosgiennes, cette odeur sucrée de résine de sapins et d’épicéas.

Il y avait ce recoin de la cuisine dans lequel elle semblait se fondre, me permettant ainsi de m’absenter physiquement tout en restant présent au sein de la famille.

Il y avait les vieux journaux, destinés au démarrage du feu e bonne heure le matin.

Il y avait ce grattoir, sorte de gros et court stylo, qui, imbibé d’alcool à brûler et frotté énergiquement sur deux résistances de cuivre, produisait une flamme vacillante, tremblante et bleutée et qui embrasait une préparation méticuleuse constituée de papiers recouverts de fines baguettes de bois préparées par mon grand-père à l’aide d’une petite hachette qu’il maniait avec une dextérité qui me rappelait celle de mon héros de bandes dessinées en lutte contre les Anglais en Amérique.

Il fallait peu de temps avant que n’arrive la chaleur. La chaleur crépitante, ronflante, rassurante s’échappant de l’imposante cuisinière émaillée.

Cette chaleur dont j’abusais jusqu’à me donner des frissons.

Cette chaleur qui tordait les peaux d’orange que ma grand-mère ne manquait jamais de déposer sur les cercles brûlants en début d’après-midi, alors que le calme s’était installé, que les hommes étaient repartis au travail, et dont les senteurs suaves, sucrées, exotiques, enchantaient mes rêves d’enfant.

Mais de cet observatoire, à travers la fenêtre ou plutôt le petit fenestron décoré d’un minuscule rideau de dentelle jaunie par le soleil, je pouvais entrevoir, mais au prix d’un certain effort et à une certaine distance tout de même, la tâche blanche du club de tir où mon grand-père passait tous ses dimanches après-midi.

Cette bâtisse mystérieuse d’où surgissait sans répit le claquement des détonations et dont on m’interdisait l’accès devenait ainsi l’objet de toutes mes tentations.

Mon souvenir est encore si fort et si précis aujourd’hui que c’est avec joie que j’ai récupéré une carabine à plomb, lors du décès d’un oncle lointain.

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