Que faisait-il là les mains entravées par des menottes, au milieu de tous ces policiers tournoyant autour de lui.

Il avait beau dire qu’il ne se souvenait de rien, personne ne le croyait , au contraire, toutes ses dénégations se retournaient contre lui. Il n’avait trouvé que les pleurs pour réconfort et son visage à la barbe épaisse et noire était meurtri par le manque de sommeil.

Ses yeux rougis se détachaient comme deux boules de billard. Était-ce du aussi à son état de manque ? Sûrement. Il criait de toutes ses forces qu’il n’avait pas pu faire une chose pareille ou alors, dans une approche de collaboration, de soumission qui le caractérisait, qu’il ne se souvenait de rien.

Paradoxalement, de sa personne se dégageait une sorte d’angélisme,  d’éloignement qui rendaient la situation encore plus déséquilibrée. On ne pouvait ignorer ses dénégations affaiblies par un vocabulaire réduit, et malgré leur assurance, les policiers devaient se reprendre pour ne pas céder.

Ce qu’on lui reprochait était horrible, mais n’avait aucune mesure avec le personnage qu’il croyait être. Son milieu fait de rapines, de drogue, de prostituées faisait de lui un suspect idéal et il enrageait de s’être mis dans cette situation. Tout à coup, il prenait conscience de ce qu’il avait fait de sa vie et finissait presque par accepter la situation dans laquelle il se trouvait actuellement, tant la dépréciation de lui-même s’intensifiait.

On lui demandait d’avouer qu’il avait tué sa compagne Farida et cela il ne pouvait le faire parce qu’il était persuadé de ne pas l’avoir fait, mais aussi parce qu’il ne pouvait concevoir la mort de celle qu’il avait recueillie quatre années auparavant et qui, malgré les propres dérives de celle-ci lui avait servi de dernier rempart. Que plus jamais il ne pourrait se réfugier dans ses bras.

Chaque accusation, chaque acte qu’il avait accomplis et qu’on lui présentait avec  force et certitude l’effrayaient davantage. Sa vie n’était faite que d’incertitudes, de doutes qui, depuis sa plus tendre enfance l’avaient fragilisé au point d’en faire un personnage frêle au regard apeuré, étonné.

Il tentait vainement d’opposer aux affirmations des policiers des réponses que son cerveau fatigué par les drogues refusait de lui fournir.

La cendre de ses cigarettes s’accumulait sur son survêtement et son pull blanc semblait démesurément long. Des cheveux raides recouvraient sa nuque, cheveux qu’il rejetait machinalement d’un geste brusque de la tête. 

Ses amis ? Peut-être y avait-il là une porte de sortie. Peut-être auraient-ils pu donner son emploi du temps ce soir là ? Il lui semblait se souvenir qu’il était avec eux. Mais les policiers avaient réponse à tout et invoquaient un horaire précis pendant lequel il aurait pu accomplir ce geste.

Depuis combien de temps, ce supplice durait-il ? Il voulait dormir. Il voulait qu’on le protège, qu’on lui vienne en aide. Toute sa personne n’était plus que vaines supplications. Son visage était de plus en plus torturé, marqué par des taches blanches. Ses poignets, à force de les brandir étaient meurtris par les menottes.

 

 

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Une réponse "

  1. Lidia dit :

    Ton texte est effrayant pourtant tu nous y plonges avec talent et on est pris par son rythme, son « supsens ».
    On y entre et on ne veut plus en sortir, enfin presque parce qu’il reste angoissant.
    Bravo, j’ai adoré.

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