Oeuvre d’isaac de Jouderville

Chaque soir avant d’aller me coucher, je ne peux m’empêcher de chercher une nouvelle fois dans ton regard cette complicité qui nous unit depuis notre rencontre. Je veux que tu lises dans le mien combien je t’aime depuis ce jour où par un heureux hasard je t’ai croisé sur ce petit chemin qui mène au village. Tu en revenais, tu allais commencer ton travail dans la ferme voisine de celle de mes parents. Ta démarche légère, presque sautillante, ta casquette de travers, le brin d’herbe que tu avais glissé au coin de tes lèvres bien dessinées m’avaient fait monter le rouge aux joues. Tu t’en étais aperçu, tu avais souri en tournant ton beau visage emplit de soleil sur lequel se dessinaient déjà quelques rides ajoutant au charme qui s’échappait tout naturellement de ta personne. Ces quelques secondes avaient suffi pour que tu envahisses mes pensées tout au long de la journée.

Inévitablement, comme s’il ne pouvait en être autrement, nous nous sommes à nouveau croisés le lendemain, sur le même chemin. Cette fois tu m’as adressé la parole. Le son de ta voix m’a transporté vers un monde nouveau, qui était à ma portée, mais que je ne connaissais pas encore. C’est au son de ta voix que j’ai su que nous ferions notre vie ensemble. Celle-ci était à la fois rocailleuse, un peu de douce ironie perçait lors de certaines intonations, tu avais une manière charmante de ne pas terminer tout à fait la prononciation de tes mots, comme si tu avais voulu que je les devine, que déjà je me rapproche, que par cet artifice tu m’impliques déjà dans ta vie, qu’il fallait que je sois attentive à tes paroles. Mais il y avait surtout dans celles-ci tellement de douceur, de tendresse, mais aussi d’attente que je me suis tout de suite laissée emporter vers l’horizon que tu me proposais.

Le mariage s’est fait très vite, au cours de l’été suivant, ce fût une belle fête, telle que je me l’étais imaginé. Du soleil, des enfants nombreux qui couraient dans tous les sens, les anciens assis à l’ombre du grand tilleul qui trône majestueusement au milieu de la cour de la maison familiale depuis, déjà, plusieurs générations et puis cette grande table dans le pré réunissant les invités pour le partage d’un repas mémorable.

Notre vie, tranquillement s’est construite jours après jours, tu travailles maintenant à la ferme de mon père, tu fûs le bienvenu, car il n’y avait pas de garçon à la maison, au grand désespoir de mon père qui tenait absolument à ce que la propriété perdure comme il l’avait promis à son père, lequel en avait fait autant au sien.

Ma mère est heureuse, elle s’entend bien avec toi, tu as à son égard  beaucoup d’attention, ce qui provoque des railleries gentilles de mon père.

Bientôt nous aurons notre premier bébé. C’est un grand événement. Je n’ai ni soeur ni frère, ma mère a failli perdre la vie lors de ma naissance. Toutes les familles des alentours ont de nombreux enfants, il est rare à notre époque de n’avoir qu’un enfant. Ma mère s’inquiète beaucoup pour moi, elle veut que je me repose le plus possible, toi aussi tu me grondes si tu me vois porter quelque chose.

Je profite de cette période pour lire. J’aime lire. J’aime cette évasion, cette communion avec l’auteur. J’aime aussi l’odeur des livres, sentir les pages sous mes doigts d’où les mots semblent vouloir s’échapper.

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  1. Lidia dit :

    Lire c’est se nourrir.
    Bon we à toi.

  2. polipoterne dit :

    Tranche de vie résumée en langueur et bonheur.
    Orange pressée pour en extraire le meilleur.

  3. jeancouleurs dit :

    Très très beau texte !
    J’ai été particulièrement ému par les deux premières phrases qui trouvent un fort écho dans ma vie personnelle !
    Ce texte est une merveille qui réchauffe le coeur .

  4. jeancouleurs dit :

    Je découvre ce blog .
    Un grand bravo !

    Quelle culture !
    Vous savez découvrir la beauté là où elle est , quel qu’en soit le support .
    Ce qui m’étonne , dans votre choix de peintres , c’est que la plupart ne sont pas des peintres faciles !
    Vous êtes la magnifique preuve qu’un artisan peut , non seulement s’interesser à la littérature et à la peinture , mais peut savourer les oeuvres les plus difficiles !
    Votre exemple est un espoir pour un grand nombre !
    Je viendrai souvent visiter vos articles !

  5. motpassant dit :

    Lidia,bon we à toi aussi !
    Polipoterne,les oranges sont pleines de vitamines !
    Jeancouleurs, que d’éloge, merci !

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