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Astrid n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle s’était enfuie sans ses médicaments et ce manque lui donnait des nausées. .

Elle avait froid et recroquevillée dans le lit, pourtant confortable, elle avait des difficultés à envisager sa situation. Elle avait eu beaucoup de chance pour s’enfuir de cette clinique. Son charme avait fait que peu à peu, la surveillance dont elle été l’objet au début de sa détention s’était légèrement relâchée. Elle s’en était rendu compte, mais en aucun cas elle pensait qu’elle aurait pu si facilement s’échapper.

Comme dans les romans d’aventures, elle avait sympathisé avec le garçon qui, toutes les semaines, emportait le linge sale et le plus simplement du monde elle s’était enfermée dans la camionnette au milieu des sacs de linge. Au premier arrêt, elle était sortie de la camionnette et tranquillement elle s’était retrouvée dans la rue.

Elle s’était  alors grisée de cette liberté et pas un instant elle ne s’est préoccupée qu’on allait sûrement la rechercher. Ces moments de griserie la rendait encore plus belle et occultait la détresse qui faisait de sa vie une suite de déceptions. Elle ne pouvait sortir de  cette vie qu’en vivant des situations particulières qu’elle ne maîtrisait pas, mais qui, le pensait-elle la forcerait à prendre des décisions. Et ces décisions, même si elle n’étaient pas rationnelles lui donnaient l’impression d’exister.

Vivre hors de sa propre vie ! Être à la recherche permanente d’une vie de substitution dans laquelle elle pourrait, espérait-t-elle, s’accomplir et trouver sa place parmi les autres. Pour cela, elle n’envisageait d’autres solutions que ce qu’elle ne considérait pas comme le mensonge, mais comme une enveloppe dans laquelle elle se glissait lui procurant ainsi une assurance provisoire lui permettant surtout de donner le change, car c’était inévitable, la réalité resurgissait très vite et il lui fallait alors très vite trouver une nouvelle forme d’expression

Quand elle s’était retrouvée dans la rue de ce petit village provençal, elle avait tout de suite compris qu’il lui fallait s’éloigner et c’est naturellement qu’elle a enfourché ce vélo et s’est engagée sur cette voie ombragée longeant le bord du Rhône. Les gens qu’elle croisait ne voyaient qu’une belle fille blonde, les cheveux aux vents et elle aurait pu aller loin si, passant sur une bosse elle avait perdu le contrôle de sa bicyclette et foncé droit dans le Rhône.

Plusieurs fois dans la nuit, elle avait entendu la porte s’entrouvrir, mais n’avait pas bougé.

Demain, il faudrait sûrement qu’elle donne des explications à Jordan. La solution serait qu’il la laisse repartir comme si de rien n’était, pensa-t-elle naïvement.

Ses maux de tête ne lui permirent pas de fermer l’oeil de la nuit et dès qu’il entendit Jordan s’activer dans la maison, elle s’était décidée à se lever.

– La voilà, bonjour Astrid ! Ca va ?

– Bonjour.

– Bon, j’ai compris ça va pas fort fort ! Allez, j’ai préparé le petit déjeuner sur la terrasse. Vous devez avoir faim, en tout cas, il faut manger ! Café ? Thé , Chocolat ? Comme à l’hôtel !

– J’ai tué mes parents !

– ……

– Oui, j’ai tué mes parents ! Vous ne comprenez pas ce que je vous dis ? J’ai tué mes parents ! Alors maintenant faites ce que vous voulez !

Elle s’assied devant sa tasse et attend. Rien de son bouillonnement intérieur ne se lit sur le visage.

Jordan accuse le coup et ne semble pas avoir perçu cet aveu comme une réalité, mais comme une suite des troubles de personnalité d’Astrid.

– Mangeons.

– Je vous dis que j’ai tué mes parents et vous me dites que je dois manger !

– Oui, Astrid, je vous dis cela. Mangez.

Il est curieux comme parfois il semble que l’on maîtrise davantage une situation que l’on perçoit comme grave qu’une situation plus bénigne. Et Jordan, qui jusque là avait plutôt subi, retrouvait enfin le rôle de celui qui lui convenait. Il allait devoir prendre des décisions en fonction d’un événement concret. Son regard sur Astrid changea et celle-ci s’en aperçut aussitôt. Elle se dit qu’elle aurait du se taire. Il allait lui falloir, une fois de plus utiliser une nouvelle méthode pour remettre la situation à son avantage.

Si rien ne se lit sur le visage D’Astrid, il en est de même sur celui de Jordan. Et le petit déjeuner se déroule sans un mot.

– J’ai un ami médecin qui habite à côté, je vais lui téléphoner. Il vous donnera de quoi vous apaiser et nous pourrons ensuite parler. D’accord ?

– Il n’est pas question que vous fassiez venir un médecin. je vais m’en aller.

Elle se lève, sans le regarder. D’un pas sûr, elle se dirige vers le chemin de terre.

– Astrid ! Je ne vous laisserai pas partir dans cet état !

Jordan se précipite sur elle et lui saisit le bras et la ramène de forces sur la terrasse.

– Vous me faites mal ! Lâchez-moi ! Vous n’avez pas le droit de me garder ici !

Sa voix est calme, mais elle a une résonance métallique inquiétante.

– Vous rendez-vous compte que vous venez de me dire que vous avez tué vos parents. Pourquoi dites-vous ça ?

– J’ai tué mes parents. Je suis malade et je me suis échappé de la clinique où l’on m’a enfermée. Vous êtes satisfait ? Je les ai tué à coups de couteaux !

Jordan, malgré son trouble ne laisse rien paraître et s’assied à côté d’elle.

– Et je dois croire à une histoire pareille ?

– Vous croyez ce que vous voulez ! Maintenant je veux partir !

– Vous m’avez dit que vous aviez une soeur.

– Oui, j’ai une soeur, elle s’appelle Cécile, ça ne vous dit rien. Cécile !

 

……..

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  1. Michèle dit :

    j’arrive après une longue absence..mais je n’oublie pas : Daniel .

    Très beau texte, plein de profondeur…

    L’atelier d’écriture n’a sans doute pas été vain.
    J’en rêve.

    Surtout que je me lance, moi : « la scientifique » dans l’écriture de ma vie, « on » se moque de moi , pas tous heureusement, je suis encouragée, par Amba et un écrivain avec qui nous nous sommes liés d’Amitié : Hubert Piat, je viens de corriger son prochain livre qui va sortir en octobre, je me suis régalée.

    A bientôt , je boirais bien un thé à Serrières !

  2. motpassant dit :

    Bon courage et surtout ne vous préoccupez que de ceux qui vous encouragent !

    Pour le thé, pas de problème, je suis là tout l’été !

  3. MBBS dit :

    Un bon rebondissement qui laisse présager avec la dernière phrase une suite inattendue!

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