Jordan avait décidé de rejoindre le port et de la ramener ensuite chez elle. Il avait besoin de faire le point, d’essayer de comprendre ce qu’il lui arrivait.

Il habitait une villa récente que une colline qui donnait sur le Rhône C‘était une maison modeste, mais qu’il avait su meubler et décorer avec goût. Une piscine et un jardin ombragé faisait de cet endroit un lieu où l’on respirait le calme et le repos.

Astrid s’était enfin réveillée. Son sommeil avait été agité. Les traces de sa crise se lisaient sur son visage, mais elle semblait doucement revenir à la réalité. Jordan s’installa à côté d’elle, soulagé d’être rentré chez lui, il allait être plus à l’aise pour gérer cette situation.

Elle se comportait comme si elle était seule. Rien autour, ne semblait avoir prise sur elle.

– Vous allez-mieux ? Vous pouvez me parler ?

– Je n’ai plus rien à dire depuis longtemps.

– Pourtant, j’aimerais comprendre ce qui vous est arrivé.

-Je n’ai pas envie de parler pour le moment, s’il vous plaît, laissez-moi.

Sa voix était suppliante empreinte d’une douleur réelle.

– Pas de problème, mais il faudrait tout de même que je prenne des dispositions pour prévenir votre famille. Personne ne sait où vous êtes.

Sa tête, doucement s’est tournée vers lui :

– S’il vous plaît, laissez-moi du temps ! Je ne veux voir personne.

– Très bien, reposez-vous et nous parlerons plus tard, il le faudra bien.

Quand la nuit est tombée, elle n’avait pas bougé de son fauteuil. Après le repas, Jordan invita de nouveau Astrid à s’exprimer, ce qu’il faisait avec une douceur contrainte.

– Astrid, il faut absolument que je comprenne ce qui se passe. je ne sais pas encore où vous habitez. Je ne sais rien de vous et vous êtes là, chez moi, en état de choc. Vous devez bien vous rendre compte de la situation. Si vous ne voulez pas me parler, dites-moi au moins à quel endroit et je vous ramènerai chez vous.

Jordan lui tenait les mains, elles étaient glacées.

– Savez-vous au moins où nous sommes ?

– Oui, nous sommes chez vous. Mais je ne veux pas partir.

– Mais enfin Astrid, pourquoi ? Vous m’avez dit que vous étiez mariée, il faut au moins téléphoner à votre mari. Vous m’avez dit être en vacances dans la région, dites-moi où c’est.

– Je ne veux pas partir. Je veux rester ici. Je ne veux plus bouger. Plus voir personne !

Des larmes coulent à nouveau, elle se prend la tête dans les mains.

– Je ne veux pas partir !

– Astrid…

– Personne ne m’écoute. Personne ne me comprend. Je souffre depuis tant d’années. Gardez-moi ici ! Vous ne pouvez pas comprendre. Je ne m’en sortirai jamais. Je n’ai plus envie de vivre !

Jordan est obligé de la soutenir pour éviter qu’elle ne tombe au sol. Elle s’accroche à ses bras à lui faire mal.

– Je vais appeler un médecin.

– Non ! Ne faites pas ça !

– Mais que voulez-vous ? Il s’énerve et perd quelque peu son sang -froid.

– Je ne veux pas partir ! Gardez-moi ici !

– Allons nous coucher et nous verrons demain. D’accord ?

Elle se laisse emmener à la chambre en silence.

Le lendemain, Jordan s’était levé de bonne heure et attendait avec inquiétude le réveil d’Astrid. Il ne savait plus comment agir. C’était un garçon qui avait toujours vécu seul. Fils unique, il avait conçu sa vie au fil des années, de manière à ne pas s’impliquer dans la vie des autres, surtout en fait par méconnaissance des relations sociales. Peu à peu il avait isolé son expérience, faisant de celle-ci sa seule référence pour évoluer dans la société. On pouvait ainsi ressentir à son contact une certaine indifférence ou même de l’égoïsme, mais ce n’était en réalité que la perception d’une personnalité qu’il s’était construite patiemment. Malgré tout, sa compagnie n’était pas désagréable et sa façon de vivre n’entraînait pas, dans son entourage de critiques particulières. D’autant que physiquement il était agréable et que des études universitaires brillantes avaient fait de lui quelqu’un d’ouvert.

Cependant, il ne recevait jamais. Peu de gens connaissait sa maison et beaucoup, d’ailleurs ne savaient même pas où il vivait.

C’était encore plus vrai depuis qu’il avait réduit son activité professionnelle de pêcheur. Il avait pris la succession de son père et avait pendant quelques années dirigé une flottille de cinq bateaux ce qui lui avait permis de vivre confortablement et depuis qu’il avait vendu son affaire, il vivait la plupart du temps en retrait sur son bateau ou tranquillement dans sa maison où il passait de longs moments à lire ou même parfois à écrire. Il aimait coucher sur le papier tout ce qu’il ne partageait pas avec ses semblables.

…………

 

 

 

 

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  1. MBBS dit :

    Votre histoire, d’un début léger, semble partir dans des zones plus sombres et imprévisibles. Vous saviez comment la mienne allait se terminer, j’ai une idée pour la fin de la vôtre, je vous dirai plus tard si elle s’est confirmée…

  2. motpassant dit :

    Je me damande bien quelle idée avez-vous en tête pour mon histoire !
    Du coup, je cherche quelle peut-être cette idée !

    En ce qui me concerne, j’ai une idée qui me trotte dans la tête depuis plusieurs années et je voudrais l’appliquer cette fois.

    Merci de me lire. Soyez indulgente !
    Je vous promets que je reprendrai tout après !

  3. berdepa dit :

    Le « suspens » continue….on brûle de connaître la suite de cette étrange histoire.
    Bravo pour la nouvelle présentation de vos posts. Plus claire, plus aérée, donc plus agréable à lire.

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