linda kiser smith

Il est tard, j’aurais dû, depuis longtemps rentrer chez moi, il n’est pas venu. Je me doutais qu’il ne viendrait pas, mais à chaque seconde j’espérais qu’il apparaîtrait, que sa grande silhouette se détacherait parmi les invités et se dirigerait vers moi.

Son beau sourire aux lèvres il m’aurait invité à danser, nous aurions bu un verre ensemble, nous aurions parlé, parlé beaucoup, j’avais beaucoup de choses à lui dire, j’avais besoin de sentir sa présence, de me montrer avec lui, de le montrer.

Mais il n’est pas venu.

Je l’ai rencontré avant-hier à l’occasion d’un rendez-vous professionnel, il arrivait de l’étranger, une légère lassitude se lisait sur son beau visage que les rides embellissaient. Nous nous sommes regardés un peu plus longtemps qu’il ne l’aurait fallu, créant ainsi une intimité soudaine.

L’entretien n’a pas duré longtemps.

Quand il s’est levé, j’ai senti qu’un manque allait se créer en moi. Il s’est tourné vers moi, avec assurance il m’a invitée à dîner. Sans percevoir le son de ma voix, j’ai accepté.

Depuis longtemps, je suis seule, le travail, les doutes, les doutes sur moi, sur les autres. Mon apparence de femme dynamique cache ma solitude. Il me semble que mes rapports avec les hommes ne sont que des malentendus et mon impuissance à les dissoudre entretient chez moi un désarroi permanent que j’ai du mal à cacher.

Ce fût une belle soirée, il était comme en quelques heures, je l’avais imaginé, à l’écoute, prévenant, cultivé. Il ne mangeait pas beaucoup, il grignotait. Ses yeux gris-bleu me scrutaient, m’interrogeaient. Peu à peu je me suis détendue, je me suis laissée aller à lui parler de ma vie, de la vie qui passait trop vite, d’une vie que je n’arrivais pas à combler. Un moment j’ai eu peur de le gêner par mes confidences, mais avec tact il m’a rassurée d’un tendre regard.

Il ne me parlait pas de lui, mais égoïstement, je me disais que ce serait pour plus tard, je désirais profondément qu’il sache qui j’étais et inconsciente je me découvrais sans retenue.

Au moment de nous séparer, je l’ai invité à cette soirée privée, programmée depuis longtemps. Il m’a regardé, sur son visage j’ai cru lire un voile de tristesse, il m’a dit : je ferai mon possible pour venir, je vous le promets.

Au timbre de sa voix, j’ai su qu’il ne viendrait pas.

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