M. Brindeblé est un petit homme aux tempes dégarnies. Des grosses lunettes de vue encerclent deux yeux toujours tristes.

Il se déplace lentement, par petits pas hésitants. Tête baissée, il arpente les rues de sa ville tout au long de la journée. C’ est un homme seul. Il en souffre. Il voudrait parler, communiquer, mais personne ne remarque cette silhouette pauvrement vêtue.

Il n’ a qu’ un seul plaisir qui est de se rendre dans tous les endroits où il y a des livres et des CD. En particulier à la Fnac où dès l’ ouverture il se mêle aux nombreux clients. Celle-ci n’ est qu’ à quelques mètres de chez lui et quelque soit le temps, il sort chaussé de ses pantoufles portant un sac de sport usé jusqu’ à la corde. Ce sac ne contient rien, mais cela lui donne une contenance. Pendant des heures, il arpente les allées, stationne de longues minutes à proximité des caisses. Il semble fasciné par les files ininterrompues,  envie ces gens qui achètent un livre ou CD à l’ aide d’ un chèque ou d’ une carte ou même en espèces.

M. Brindeblé n’ a pas d’ argent. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il a pu sortir un billet de son porte-feuille. Depuis des années, les services sociaux l’ ont placé sous tutelle et la somme qu’ il touche toutes les semaines lui suffit tout juste à s’ acheter de la nourriture. Elle ne lui permet pas d’ acheter un de ces livres qu’ il contemple toute la journée. Souvent même il manque d’ argent pour finir la semaine et doit aller réclamer une avance, ce qu ‘il ne supporte pas et le rend agressif.

C’ est un homme d ‘une cinquantaine d’ années, mais on pourrait aisément lui en attribuer vingt de plus tant sa silhouette est tassée.

Pourtant il est issu d’ une famille aisée, mais ses parents l’ avaient eu alors qu ‘ils étaient déjà âgés et rapidement il s’ était retrouvé seul dans cette grande maison qu’ il n’ avait pu et su entretenir.

Sa descente avait alors commencée . Dans ses premières années de solitude, il avait réussi à décrocher un emploi de comptable grâce aux quelques années d’ études qu ‘il avait pu entreprendre. mais l’ isolement dans lequel il s ‘enfonçait malgré lui, avait contribué à lui faire perdre cet emploi qui le reliait encore à la société.

Quand il vivait encore dans la grande maison familiale il avait eu la chance de profiter d’ une grande bibliothèque que son père et son grand-père avait enrichi aux fils des années. il aimait par-dessus tout sentir la présence des nombreux livres, il sentait que chaque exemplaire vivait à travers les écrits des auteurs. Il aimait aussi l’ odeur, le toucher des couvertures, du papier, il y retrouvait une sensualité dont il était privé par la vie.

Aussi quand il parcourait les rayons de la Fnac il éprouvait un bien-être physique qui le transcendait.

Jusqu’ au jour où il ne put résister. Il choisit soigneusement un livre, c’ était un livre de Yann Quéffelec . Le cerveau embrumé, il  glissa l’ ouvrage sous sa veste, mais il ne rentrait pas dans sa poche intérieure et il dut le coincer sous son bras tandis qu’ il se dirigeait vers les caisses. Il ne fallut que quelques secondes au vigile pour remarquer l’ attitude de cet homme curieux.

Ce fut le début d ‘une longue série de larcins . A chaque fois il se faisait prendre, jamais il ne réussit à passer les caisses. D’ ailleurs il se servait de ce fait pour argumenter qu’ il faisait exprès de se faire prendre, que sa conscience refusait l’ acte qu’ il commettait.

Au moment où je débute cette histoire, M. Brindeblé est terrorisé à l’ idée de se retrouver en prison. Il supplie le juge de lui épargner la prison, qu’ il se donnera la mort, que sa vie n’ a plus de sens.

M. Brindeblé bégaie, les mots sortent difficilement et le juge doit faire des efforts pour l’ écouter, il a du mal à se tenir debout, les deux gendarmes qui le raccompagnent dans la salle d’ attente sont obligés de le soutenir, ceux-ci pris de pitié ne lui remettent pas les menottes.  Le juge prend quelques minutes de réflexion pour énoncer sa décision.

Il accorde une nouvelle fois sa clémence. M. Brindeblé, en bégayant de plus belle se confond en remerciements et courbettes, priant les grands dieux que cette fois il va repartir du bon pied.

Les deux gendarmes lui rendent ses affaires personnelles. M. Brindeblé ne bégaye plus, il parle comme vous et moi, il quitte le Tribunal d’ un pas assuré, balançant son sac.Il sourit.

Deux jours plus tard M. Brindeblé est arrêté à la Fnac avec deux livres et trois CD dans sa veste.

Il est en prison pour quatre mois.

Cette histoire est vraie, je n’ ai change que le nom, mais le vrai est aussi pittoresque que celui que j’ ai utilisé.

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Une réponse "

  1. patriarch dit :

    Le pauvre . Pas armé pour affronter la vie !!

    bonne soirée.

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