Sa voix résonne contre les murs comme si la pièce était vide. Le téléphone à la main, il arpente le salon de long en large, butant sur les pieds de la table basse sur laquelle repose comme un témoin immobile une revue féminine.

Il ne peut accepter ce qui lui arrive.

A l’extérieur, le soleil semble le narguer, il semble lui dire que ce qui lui arrive était prévisible et que ce qui devait arriver est arrivé.

Il transpire, il court vers la fenêtre, mais la chaleur de l’été l’engloutit et ajoute à son désarroi.

A son retour, la maison était vide.

Elle avait mis sa menace à exécution.

Elle, qu’il sentait si fragile, si faible se montrait maintenant sous un jour qu’il ne lui connaissait pas. Elle était en quelques secondes, devenue une étrangère. Cette femme qui, il y a quelques heures faisait encore partie de sa vie, qui était une partie de son propre corps s’était détachée et vivait indépendamment de lui. Il ne pouvait le concevoir.

Elle avait inversé la situation et c’est lui qui était devenu dépendant, faible.

Il n’avait jamais compris que l’amour entre deux êtres, s’entretient et meurt si on ne l’alimente pas.

Pourtant, elle lui avait lancé de nombreux signaux, de doux signaux, de douloureux signaux, mais il comptait toujours sur sa nature pour se dégager, pour esquiver, sans se rendre compte qu’à chaque fois se rapprochait l’issue fatale.

Il a l’impression de vivre un épisode de roman ou de vivre une scène de film. Il s’est toujours réfugié dans le monde accueillant du virtuel où tout se déroule sans conséquence directe. Un monde que l’on peut grimer, un monde dans lequel on peut montrer ce que l’on est pas.

Il lui avait fallu ce jour pour retrouver la voix de sa femme, pour retrouver une tessiture, un accent qu’il n’entendait plus.

Elle était calme. Elle lui disait qu’il fallait qu’il accepte la situation. Que cela ne servait à rien de crier.

Mais lui, insistait, disait qu’il ne méritait pas çà, inversant une fois de plus les rôles. Mais elle ne se laisserait plus prendre dans ses manipulations.

Il lui demandait de rentrer pour parler, mais il ne voulait, à l’instant que la tenir dans ses bras. Il ne pouvait concevoir que plus jamais leurs corps ne se toucheraient. Qu’ils allaient devenir tous deux des étrangers.

Qu’allait-il advenir des millions de secondes passées ensemble, pendant lesquelles ils avaient mêlé leurs vies.

Elle voulait raccrocher. Elle lui disait qu’il ne servait à rien de crier, que sa décision était prise. Il devait l’accepter.

– Je vais raccrocher – Sa voix était calmeIl ne la reconnaît pas. Peut-être lui semble-t-il retrouver des intonations de sa jeunesse.

– Non, retrouve-moi ici !

– Non, je raccroche, au revoir.

Le silence de l’écouteur arrive comme une sanction pour une vie qu’il n’a pas su affronter.

Ps- Il s’agit là d’une histoire qui arrive tous les jours, mais qui est tout de même fictive. Je ne l’ai pas vécu, enfin peut-être, mais c’était il y a si longtemps !

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  1. patriarch dit :

    tant que l’homme se croira supérieur à la femme, ce sera toujours ainsi.

  2. schpountz dit :

    Il y a si longtemps ! Donc, c’était hier !

  3. Michèle dit :

    OUFFFFFF !
    Je préfère.
    Je viens de sortir 2 êtres qui me sont très chers de cette situation, j’ai joué à la mère « fouettard » et j’ai réussi..jusqu’à quand ?
    Je t’aime ! moi non plus !…nous avons plus de 60 ans , un remariage et nous ne communiquons plus, chacun de son côté vit sa vie ……NON !
    Ma fureur a fait ses effets !
    Ce ne sont plus des gamins ….
    Je devrais monter un cabinet « prestations en tout genre : reconciliation, racommodage…psychotérapie du couple…. »je serais riche !!!!

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