La question secrète était : << Quel était le nom de votre premier instituteur en CP ? >> 

Malgré les années, il ne lui a pas fallu réfléchir longtemps pour se souvenir qu’il s’appelait Joly, M.Joly.

C’était au milieu des années cinquante.

Il garde encore en mémoire l’école dont les salles de classe formaient un carré au milieu duquel se trouvait la cour de récréation, elle-même entourée d’un préau soutenu par des piliers en fer peints en vert.

Il ne pouvait pas avoir oublié M. Joly. M. Joly a changé de classe pendant trois années, et c’est la raison pour laquelle toute une génération n’a pas oublié M.Joly.

La salle de classe était grande, haute de plafond et un gros poële à charbon trônait au centre. Le bureau de M.Joly était surélevé dans un angle de la pièce.

Au mur un grand tableau noir rectangulaire affichait quotidiennement le sujet de l’éducation civique du matin.

Le silence était la règle. Les blouses grises étaient obligatoires.

Chaque élève se devait d’être concentré, attentif au moindre mot de M.Joly au risque d’être pris en défaut.

M.Joly était un homme grand et large, le teint mat et les cheveux frisés sur le devant. Ses yeux étaient des éclairs noirs et aucun signe de détente ne se lisait jamais sur son visage à la barbe noire.

Quand il chargeait le poële et qu’à l’aide du fer, il remuait les cendres faisant jaillir des étincelles, son visage sous l’action de la chaleur devenait rouge et encore plus inquiétant.

Pourquoi cet homme qui avait choisi l’enseignement comme métier pouvait autant mépriser ses élèves.

Il faisait régner la terreur, son emprise sur chacun des élèves était telle que certains pleuraient ou tremblaient au moment où la cloche sonnait et qu’il fallait se rassembler deux par deux pour entrer en classe.

Ses crises de colères étaient terribles et alors tout pouvait arriver.

Tous les cahiers au feu.

Toute la classe à genoux. Toute la classe punie par des exercices sans fin.

Mais le pire était quand il s’en prenait à un élève en particulier, alors là, il n’hésitait pas à recourir à toutes les humiliations possibles.

Il ne reculait pas devant les sévices physiques.

Mais son plus grand plaisir était d’obliger toute la classe à se déchausser et à humilier celui qui n’avait pas les pieds propres et cela arrivait à chaque fois. C’était une école de campagne. Il faisait alors sortir le garçon dans la cour et toute l’école connaissait ainsi son état.

De nombreuses années ont passé, mais M.Joly est toujours présent, cette question secrète n’a fait que raviver ces trois années d’école.

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  1. patriarch dit :

    c’était un peu près la même salle, en 37. les blouses graises ou noires. L’instit ,un barbu à la barbe noire et une robe noire: le père Joseph. De père, il n’en vait que le nom, mais pas le coeur. Les bouts de doigts: pousse, index, et majeur réunis, recevaient chaque jour leurs portions de règle, bien appliquées. Ou encore, les rouflaquettes pincées entre son pouce et l’index qu’il aimait tourner vers la droite ou la gauche. Et puis, il fallait écrire de la bonne main……..la droite sinon la gauche recevait sa pâtée en coup de règle, et j’étais du lot. Nous étions 2 à lui tenir tête, mon pote Dédé (encore aujourd’hui) et moi même. Ce qui ne nous empêchait pas d’être toujours dans les 5 premiers !

    Là tu m’as obligé à ouvrir ma boite à souvenir !

  2. Mondemo dit :

    Oh … quelle jolie question … si pour toi cela ramene des souvenirs un peu amers, moi c’est tout l’inverse. Je me souviens avec plaisir de monsieur PEUCH (et oui, moi aussi a l’epoque on disait monsieur et vous … pas de prenom ni de tu … ).
    Il jouait de la guitare, c’etait un enchantement … un vrai pere noel a la barbe noire.

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