Carl Spitzweg 1808-1885   Le pauvre poète

 

Depuis longtemps, combien de temps, mes jambes ne me portent plus ? Elles ont décidé que ma vie serait souffrances et privations. Mais elles m’ont guidé vers le chemin des livres, vers le chemin radieux de la poésie. L’atmosphère de cette pièce porte les traces des mots, des vers qui occupent mon esprit en permanence à la recherche de la phrase qui m’apportera le repos. Mais très vite le bouillonnement revient, enfiévrant mon corps, vite il me faut canaliser les forces qui montent en moi et de nouveau je remplis des pages et des pages. Les mots se précipitent, se bousculent, se perdent, je dois les retrouver. Je ne perçois plus le froid de ma chambre. L’air vif  s’infiltre par la vitre brisée. Le vent glacial  rugit et se casse contre le toit de la maison. J’en oublie de manger, ma voisine m’apporte régulièrement à manger en maugréant parce que je ne me soigne pas. Que ce n’est pas une vie de vivre comme cela.

Mais quelle autre vie pourrais-je désirer ? Quelle autre vie pourrait être plus belle que la mienne ? Je ne connais pas la solitude, je vis avec et pour l’écriture. Elle est ma seule compagne.

Depuis hier je travaille sur un poème qui m’a tenu éveillé toute la nuit, je suis très fatigué, ma vue n’est plus très bonne, mais je veux le terminer, mon éditeur l’attend depuis plusieurs jours. C’est mon seul gagne-pain, depuis  j’ai dû cesser mon métier d’instituteur à l’école de la ville voisine. Ce fût un déchirement, les élèves étaient le ferment de mes réflexions littéraires, nous passions de longs moments à lire des poésies, j’aimais leur parler de  Friedrich Höderlin ce grand poète allemand mort fou à 73 ans après être resté reclus pendant 37 ans. 

 

 « « Et si le temps impétueux saisit trop violemment ma tête, et si de près des autres ma mortelle existence ébranlée, Frémit de détresse et d’erreur, alors, Oh ! permets à mon âme d’aller, au fond de son abîme, se souvenir de la Tranquillité »

 Parfois, un élève vient me rendre visite, c’est pour moi comme un rayon de soleil, un moment de joie intense.

Motpassant

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  1. patriarch dit :

    Beau texte et belle analyse !

  2. olivier dit :

    C’est vraiment touchant ! est-ce ta vie ? de plus ce tableau est superbe !

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