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Régulièrement, au cours de mes visites sur les blogs, je constate que l’on fait souvent référence à Georges Orwell et en particulier son roman  » 1984 « . Et on fait cet usage tout particulièrement ces derniers mois à l’occasion des différentes péripéties de politique intérieure. L’utilisation de textes de cet auteur pour qualifier ou illustrer la politique de la droite m’a fait me pencher sur ce livre que j’avais lu, il y a de nombreuses années.

Et à cette relecture, je me rend compte que l’on peut faire dire tout et son contraire à cet écrivain dont la complexité ne peut autoriser une interprétation partisane sans se décribiliser.

C’est pourquoi, ne voulant pas tomber dans le même travers, j’ai fait l’acquisition du livre d’Aude Lemeunier pour la collection Profil d’une oeuvre. Aude Lemeunier est agrégée de Lettres modernes. Dans ce livre 125 pages, elle explore les différents processus de pensée d’Orwell ( de son vrai nom Eric Blair ) qui ont construit  » 1984.

Il faut d’abord savoir que ce livre est le dernier de 6 livres écrits entre 1934 et 1950.

–  » Une histoire birmane  » qui raconte sa vie de policier dans un système répressif dont il a démissioné, ne pouvant supporter ce régime.

–  » Dans la dèche à Paris et à Londres  » qui parle des difficultés de sa vie après avoir quitté son emploi.

–  » Le quai de Wigan  »

                     Ce livre d’Orwell qui reste quasi inconnu, éclipsé par le succès de « 1984 » ou de « la ferme des animaux », n’en demeure pas moins une oeuvre prenante basée sur l’expérience personnelle de l’auteur : George Orwell y décrit les conditions de vie des plus pauvres Parisiens et Londoniens, travaillant, ou plutôt exploités dans des hôtels ou se réfugiant dans les institutions caritatives.

On y reconnaît bien là Orwell le socialiste qui dénonce, et ce dès 1933, une société de consommation et de loisirs et évoque avec précision la vie de ses laissés pour compte .

–  » Hommage à la catalogne « 

                 L’expérience d’un grand écrivain engagé dans la guerre d’Espagne, au sein des milices du POUM, qui voit, de ses propres yeux, la lente liquidation de la révolution espagnole par les staliniens.

– «  La ferme des animaux « 

                 Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :  » Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d’alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux.  » Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :  » Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.

–  » 1984  »

                   L’origine de 1984 est connue : militant de gauche violemment opposé à la dictature soviétique, George Orwell s’est inspiré de Staline pour en faire son « Big Brother », figure du dictateur absolu et du fonctionnement de l’URSS des années trente pour dépeindre la société totalitaire ultime. Mais Orwell n’oublie pas de souligner que les super-puissances adverses sont elles aussi des dictatures…

Tous ses livres démontrent incontestablement les préoccupations de l’écrivain pour la place de l’homme dans la société et 1984 a poussé au paroxisme les dérives d’un état totalitaire. Mais utiliser des extraits pour effectuer des comparaisons avec la politique française contemporaine c’est faire preuve de simplicité, sinon de mauvaise foi.

Je voudrais recopier ici ce qu’écris Aude Lemeunier :

L’engagement politique de Georges Orwell
Les convictions politiques
.

   <<La vie de Georges Orwell, de son vrai nom Eric Blair, est de bout en bout marquée par son engagement politique. C’est par exemple au nom de ses convictions politiques qu’il démissionne du poste qu’il avait occupé durant cinq ans ( de 1922 à 1927 ) comme sergent dans la police impériale en Birmanie, se jugeant incapable de continuer à servir une idéologie répressive. Son roman Une Histoire birmane publié en 1934, évoque cette expérience douloureuse. Sa démission se révèle courageuse, puiqu’elle est suivie d’années de misère dont le récit Dans la dèche à Paris et à Londres publié en 1933, se fait l’écho. C’est avec cette oeuvre que l’auteur signe pour la première fois du pseudonyme de Georges Orwell. >>

– On voit là par le comportement de cet homme qu’il est entier et qu’il ne transige pas avec ses convictions. Il n’hésite pas à prendre des risques financiers pour être en phase avec lui-même.

L’engagement physique et intellectuel

   <<Lorsque la guerre d’Espagne éclate en 1936, Eric Blair s’engage comme de nombreux jeunes Européens de l’époque, dans les rangs du P.O.U.M. ( Parti Ouvrier d’Unification Marxiste ), parti socialiste révolutionnaire opposé au dictateur Franco. Il s’agit là d’un engagement physique ( raconté dans Hommage à la Catalogne publié en 1938 ) qui implique que le jeune homme mette sa vie en danger; il est d’ailleurs grièvement blessé au combat, et pour cette raison, réfotmé pendant la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, il travaille comme journaliste pour la B.B.C tout en écrivant des essais politiques.
Intellectuel de gauche, ayant fait lui-même l’expérience de la guerre et de la misère, Georges orwell restera, tout au long de sa vie, sensible au sort des petites gens, en particuliers des chômeurs des régions minières, auprès desquels il réalise, en 1937, une enquête intitulée Le Quai de Wigan. >>

– On voit là que c’est un intellectuel, mais surtout un homme qui affronte physiquement les réalités comme la guerre ou la misère.

Les désillusions

  <<Bien que ses convictions aient été fondamentalement ancrées à gauche, Orwell a cependant su appréhender avec lucidité et clairvoyance les excès du communisme. C’est ainsi qu’il dénonce la langue de bois des marxistes, les crimes du stalinisme, et plus généralement, toute forme d’idéologie qui asservi l’individu tout en se présentant comme un modèle absolu d’humanité. >>

Il faut se rappeler que nous sommes là entre 1940 et 1950 et peu d’intellectuel de l’époque osait prendre une telle position. Il rejette aussi toute forme d’idéologie qui enferme l’homme dans un modèle prédéfini.

Cette vision est répétée dans le chapitre suivant.

Un << esprit libre >>

  <<Plus largement, Orwell condamne toute forme de régime qui restreint les libertés individuelles en prétendant oeuvrer pour une société meilleure. De ce point de vue, Orwell n’est pas un idéologue, mais un pragmatique, qui juge les théories à l’épreuve des faits. La question fondamentale pour lui est donc de savoir si la mise en oeuvre d’une politique plutôt qu’une autre entraînera une vie meilleure ou non pour ceux qui la subiront.
C’est ainsi qu’Orwell, qui avait pu être séduit par le communisme dans un premier temps, a révisé son jugement à la lumière des crimes commis par Staline. De la même façon, il fustige les théories qui présentent le capitalisme et la loi du marché comme les rouages d’une société idéale. Il considère en effet qu’une société régie par la seule logique économique ne garantit pas des conditions de vie décentes aux individus qui la composent.
Parce qu’elles renvoient dos-àdos les deux idéologies concurrentes de son époque, le communisme et le capitalisme, les positions politiques d’Orwell ont souvent été mal comprise et caricaturées. Elles donnent lieu, aujourd’hui encore, à des polèmiques dans des articles de journaux ou ouvrages critiques consacrés à cet écrivain, aussi bien en Allemagne qu’en France. >>

Ce qu’il ressort c’est qu’Orwell est un homme libre et surtout et ce mot lui va bien, c’est un pragmatique. Un homme de responsabilité qui espère de l’homme. Qui espère que celui-ci veut s’impliquer dans un monde difficile, un monde où la facilité ne peut être décrétée dans un programme  politique. Il ne veut pas être le jouet d’une idéologie. C’est pourquoi, je suis choqué, quand on l’utilise pour imposer une théorie politique.

Alors s’il vivait de nos jours, il serait toujours sensible aux dérives de notre système, mais il serait également conscient que la construction d’une démocratie n’est pas l’apanage des uns contre les autres, mais une construction pour laquelle chacun doit apporter sa pierre selon ses sensibilités.

Le renversement des valeurs

   <<L’univers fictif céré par Georges Orwell opère un renversement des valeurs par rapport au monde réel. Celui-ci prend parfois la forme d’énoncés

paradoxaux, comme c’est le cas par exemple dans les slogans du Pari :

LA GUERRE C’EST LA PAIX

LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE

L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

Plus généralement il correspond à une nouvelle définition des notions de bien et de mal.>>

En résumé, je considère qu’il est abusif de superposer les idées d’Orwell aux idées actuelles sur la politique intérieure.

Motpassant

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  1. patriarch dit :

    Sourires !! Je te mets au défi de me citer un seul pays réellement démocratique !
    La démocratie est une utopie,tout le monde en parle avant d’arriver au pouvoir, puis ensuite l’assaisonne à leur goût. il n’y a pas et jamais eu de démocratie populaire.
    Même là où il serait encore assez facile de l’appliquer,( les communes), même élu, un ouvrier a beaucoup de difficulté à s’engager, ne serait ce qu’à cause du gagne-pain !! Ce sont en général, des profs, commerçants et professions libérales qui trustent les gestions des communes. Il n’y a guère que dans les communes « dortoirs » que l’on y voyait des ouvriers, mais celles-ci adaptaient leurs horaires de réunions et commissions à l’horaire des travailleurs.

  2. Delcuse dit :

    En effet, c’est abusif. J’ai même lu, récemment, qu’Orwell aurait été un agent de la CIA. C’est dire si le ridicule ne tue pas. De même qu’il est abusif de dénoncer le capitalisme actuel comme du nazisme. A ce sujet, Marx reste une référence. Pour ceux qui ne connaissent pas Orwell, l’ensemble de son oeuvre, me semble-t-il, est publié chez « L’Encyclopédie des Nuisances ».

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