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……………..C’est à cette époque, que je me mis à lire. Dans la bibliothèque du centre, je pouvais trouver toutes sortes de littératures. Le toucher des livres, l’odeur, les mots me grisaient et le commencement d’une lecture m’emplissait de bien-être. J’y trouvais le repos, l’évasion. J’y trouvais également une certaine compensation au fait que je n’avais pas fait d’études.

L’école n’avait pas su me communiquer le goût de l’étude ou peut-être étais-je trop perturbé par l’ambiance familiale, mais je n’y ai trouvé au cours de ces quelques années que l’ennui. Je ne souhaitais que la fin des classes pour m’échapper avec mes camarades, mes parents ne s’occupant pas de mes devoirs.

J’avais un oncle, dans le village, qui sans me le dire, m’avait abonné au magasine  » Sélection du Reader Digest « . C’est ce magasine, composé d’extrait de livres ou de revues, parsemée d’anecdotes, qui peu à peu, m’a donné envie de lire et surtout m’a ouvert au monde. Cette revue avait sur moi, le pouvoir  » magique » de me transporter vers des contrées lointaines. Cet oncle me permettait, à son contact, de sortir de l’atmosphère familiale. Il était ouvert à tout et il arrivait toujours avec un conseil, « Il faut boire un jus de citron, tous les matins, » disait-il, ce qui était pour nous le comble de la nouveauté, dans ces années soixante !

Il avait été torturé dans les camps, pendant la guerre, les nazis lui avaient fait subir des expériences médicales. Il n’avait que 17 ans. Comme beaucoup, seul un miracle, l’a laissé vivant à la sortie de la guerre. Il ne pouvait plus avoir d’enfants et notre famille nombreuse, je suppose, lui permettait de compenser son manque. Il était fossoyeur ce qui me fascinait, on ne pouvait imaginer cet homme à l’allure distinguée en train de creuser une tombe, il y avait un réel décalage entre l’homme et la fonction.

Pourtant, il exerçait ce métier, sans réticence, avec aisance et il m’est arrivé, plusieurs fois de le rejoindre sur une tombe dont il dégageait les os avec une telle aisance et un tel détachement que cette image est restée à jamais gravée dans ma mémoire. Maintenant, disparu, victime de ses tortures, il me manque. J’aurais voulu être plus âgé, pour mieux le percevoir.

 

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Au foyer, la bibliothèque, qui servait de bureau également au prêtre était une grande pièce en désordre. De nombreux livres s’éparpillaient sur une jolie table de ferme. Au mur, un tableau, un tableau de Georges de la Tour, imprégnait la pièce, par ses ombres et lumières. En fait, ce tableau était en cours d’expertise depuis des années, mais il est vrai que le style intimiste dont les thèmes étaient souvent religieux, faisait penser à ce peintre lorrain du 17 ième siècle. Le prêtre passait la plupart du temps à son bureau, essayant de trouver de généreux donateurs, afin de faire vivre sa communauté. C’était un homme très fort, rougeaud, impressionnant, entrant parfois dans des colères soudaines. Il lui arrivait souvent de fustiger ses paroissiens, en chaire, lors de la messe du dimanche, à laquelle nous étions obligés d’assister. Il portait la soutane traditionnelle et le chapeau. Issu, d’un milieu bourgeois, il vivait, chichement dans une seule pièce.

Il publiait, tous les mois un bulletin paroissial à ses frais et parfois il me permettait de participer à sa rédaction.

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Une grande étagère occupait tout un pan de mur, elle était surchargée de livres divers, beaucoup sur la religion, mais aussi de nombreux romans, récupérés par-ci, par là. J’y avais trouvé refuge. Il ne se passait pas un jour sans que je ne fouille, espérant trouver le livre qui m’emmènerait loin, par delà ces montagnes vosgiennes. Le premier livre qui me fit vibrer fut le livre de John Knitell, Via Mala. C’était un livre de poche assez usagé, qui relatait l’histoire d’une famille de scieurs de bois dans le canton des Grisons en Suisse aux environs de 1930, histoire tragique dans laquelle le père tyrannique est finalement éliminé par ses enfants. Cette histoire, évidemment, se rapprochait, par certains côtés du parcours de tous les jeunes gens du foyer. En 500 pages, cet auteur décrit jour après jour, l’enfer que cet homme alcoolique fait subir à sa famille et surtout à son fils aîné. J’étais l’aîné dans ma propre famille et cette narration bien des années après me faire toujours frémir. Un film a été fait d’après le livre, mais il n’exprime pas autant l’intensité dramatique des personnages que dans le livre. ……….

Motpassant

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Une réponse "

  1. patriarch dit :

    Je me souviens aussi du « Reader Digest » nous l’avions aussi à la maison.
    C’est vrai qu’il y avait de quoi lire et commncer à connaître le monde.

    Nous avions aussi un vieux curé, veuf et père de deux filles mariées,ancien avocat et qui avait le verbe haut et tonitruant; ces prêches n’étaient valaient le coup et personne ne fermer l’oeil,car lui avait le sien fixé sur ses ouailles, malheur si une tâte dodelinée, sa voix grimpée de plusieurs octaves

    C’est vrai que ces gens nous marquent inconsciemment. Nous ne nous en apercevons que bien plus tard.

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