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Souvenirs d’une époque où la force de vivre ne pouvait s’alimenter autrement que par l’espoir d’un ailleurs…….

………..Puis les années passent. Le paysage vosgien m’apporte parfois le calme et le repos. Les grands sapins oscillent doucement, tels des mâts de bateaux. L’hiver, ils se couvrent de givre, semblent souffrir, à l’image des biches hardies qui viennent boire à la rivière. Cette vallée isolée se peuple alors de nombreux skieurs, apportant la  » civilisation « . Notre maison accueille les vacanciers, c’est ce qui nous fait vivre. Une partie des jeunes gens est chargée du service et c’est pour eux, un grand honneur. Ils viennent tous de l’Assistance Publique soit directement, parce qu’ils étaient orphelins soit sous la responsabilité de celle-ci.

Il y a Kevin, le petit Kevin, les yeux clairs, les cheveux en bataille. Il ne voit ses parents qu’une fois par an, pourtant, ceux-ci sont en permanence dans son esprit, l’absence a créé, chez ce jeune garçon, une sublimation compensatrice. Et puis, il y a tous les autres, ballottés de foyers en foyers, de familles en familles, cherchant en permanence des repères. J’ai eu, pendant trois ans, la responsabilité de ce groupe d’enfants, d’âge scolaire. A peine plus âgé qu’eux, ayant abouti dans cette maison dans les mêmes conditions qu’eux, je ressentais au plus profond de moi, cette quête de tendresse, d’amour, dans leurs yeux souvent tristes. Ce fut pour moi, malgré le travail que représentait la gestion de la vie quotidienne de ces enfants, une période d’épanouissement, de calme.

Où es-tu, petit Yvon, qu’es-tu devenu, toi dont le corps, souvent se révoltait. Tes colères exprimaient toutes tes demandes et je souffrais de ne pas suffire. Toi aussi, tu vénérais des parents qui t’avaient abandonné. Mais tu parlais de ta famille, comme si elle était là, présente, autour de toi. Tu n’étais dans cette maison, qu’en attendant. Tu attendais le futur, comme on attend une bouée de sauvetage. Tu voulais rejoindre le rivage. L’as-tu fait ? Je l’espère de tout coeur.

Et puis, il y avait les adolescents, dont je faisais partie. Une bande hétéroclite, bruyante. Quand on fait du bruit, on n’entend pas ce qui se passe dans la tête. Ils avaient tous un emploi, dans la ville voisine, l’époque était au plein emploi. Grâce à cela, la vie de ces jeunes gens prenait forme et déjà on pouvait distinguer ceux qui allaient s’en sortir et ceux qui irrémédiablement, ne pouvaient sortir de leur mal-être. Ces derniers, ne pouvaient, ne savaient pas comment prendre le train en marche, ils restaient sur le quai, spectateurs de leur propre malchance.

Je pense à toi, Michel, à l’heure actuelle, à la rue. Pourtant, tu étais éveillé, ouvert. Nous t’avons entouré. Tu étais sportif, la possibilité de devenir footballeur professionnel, t’as été offerte, mais tu l’as rejetée, préférant la spirale qui t’aspirait.

Pourtant, tu as rencontré une femme dynamique, qui t’as soutenu, pendant des années. Tu as eu deux enfants. Mais il y avait sûrement quelque chose de cassé en toi, qui faisait que tu n’intégrais pas les marques de soutien, que tu as pu avoir. Que deviens-tu ? J’ai appris que tu étais SDF. Toute volonté a dû t’abandonner, à l’image des jours où tu ne voulais pas te lever, malgré mes demandes. Trouvais-tu l’oubli, dans ce sommeil ? Sûrement.

Et toi, Franck, dont le courage forçait mon admiration. Tu étais là. Ta présence me suffisait. Toi, tu n’as pas sombré, bien au contraire………

Motpassant

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Une réponse "

  1. patriarch dit :

    Pas de commentaire ! Juste …….touché !

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