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De l’autre côté de la route il y avait la gare. A une centaine de mètres il y avait le pont qui enjambait la Moselotte. Un peu plus loin il y avait l’usine de tissage, on pouvait entendre le ronronnement des métiers. Il y avait également l’écluse du canal où nous passions nos après-midi d’été. Il y avait aussi cette scierie qui dégageait une douce odeur de résine, les grands sapins reposaient les uns sur les autres, vaincus, prêts à être débités en planches.

Sur la route, ne passait que quelques rares voitures et les enfants s’amusaient sans contrainte.

Et puis il y avait ce café.  » Le café de la gare « , « le bistro », situé juste après le passage à niveau, de la fenêtre on pouvait voir les passagers dans les wagons de la micheline.

Dès l’entrée on était saisi par cette odeur particulière, une odeur de limonade et de vin mélangés.

Le parquet craquait sous les pas des clients qui n’étaient jamais nombreux à la fois, on aurait dit qu’ils venaient de nulle part, puis qu’ils repartaient vers nulle part. La patronne était une petite dame ronde, énergique qui tutoyait tout le monde d’une voix curieusement fluette.

L’hiver le tuyau du petit poële à bois rougissait tellement elle le faisait  » ronfler « . Mais l’été elle laissait la porte ouverte et sortait quelques tables où personne ne venait jamais s’asseoir, mais immuablement elle se donnait la peine d’effectuer cette tâche visiblement inutile tous les jours ; probablement une réminiscence d’un passé plus glorieux que la tenue de ce petit café.

Le bar était magnifique, tout en cuivre sculpté, entretenu chaque jour et gare à celui qui tenterait de poser un pied ou même des mains sales.

Elle répétait la même chose à chaque arrivée de la micheline :

-Ah ! Y en a qui arrivent !- Disait-elle cela dans l’espoir que se soient des futurs clients ? Ou était-ce tout simplement un constat ?

Souvent elle se mettait à la porte et criait aux enfants de faire attention sans même vérifier si son message était perçu, ce qui n’était jamais le cas.

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  1. Posuto dit :

    J’aime beaucoup ce texte, surtout la phrase de fin. :_)

  2. melle bille dit :

    un joli petit morceau de poésie pour commencer la journée en douceur…merci pour le vent tiède

  3. Pénélope dit :

    Jolie nostalgie de lieux désuets mais si chargés d’humanité. J’en ai connu de ces endroits où la patronne était chaleureuse… comme dans la chanson, Chez Laurette.
    Bises Pénélope

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