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De plus en plus de personnes âgées sont maltraitées. Lors des départs en vacances, les familles n’ont plus de scrupules à abandonner la grand-mère ou le grand-père.

– Bonjour, pourriez-vous vous occuper de ma grand-mère ? Je ne sais pas ce qu’elle a mais depuis quelques jours, elle ne va pas bien.

Dehors, dans la voiture, les petits-enfants s’impatientent.

La grand-mère :

-Oui, c’est mieux comme ça, je ne veux pas vous gêner.

La tenant par le bras, le fils, une petite valise à la main, la dirige vers le grand bâtiment. Les épaules de la vieille dame s’abaissent un peu plus. Les pas ralentissent comme dans un ultime sursaut.

– Allez ! On y va ! Crient les gosses, excités par la perspective des vacances.

– Allons ! Taisez-vous ! Réponds la mère, mal à l’aise, mais après tout, c’est la mère de son mari, c’est son problème.

Le fils est parti très vite. La grand-mère, assise sur la chaise en plastique aux pieds métalliques, regarde la fenêtre sans rideaux. Elle se rend compte qu’il va lui falloir vivre sa vie à l’envers. Dorénavant, elle se nourrira de son passé, car le futur vient de s’arrêter. Elle rangera ses affaires plus tard, le placard en formica ne lui inspire pas confiance. Des bruits de pas, des éclats de voix, lui parviennent aux oreilles, elle se dit qu’il faut qu’elle ferme sa porte à clé. Elle se lève doucemment, sans bruit, de peur d’être surprise, mais la porte n’a pas de clé. Une petite révolte monte en elle. Elle se promet de demander des explications au personnel.

Brutalement, la porte s’ouvre :

– Alors Madame ……, comment ça va ? Vous verrez, vous serez bien ici. Et puis vous pourrez discuter avec des personnes de votre âge. Bon, le repas est dans une demi-heure, dans le couloir, c’est à droite et tout droit, vous trouverez le réfectoire.

La porte se referme.

Que va devenir sa maison ? Avec son mari, ils avaient travaillé dur pour la construire. Et le jardin, peut-être son fils pourra-t-il le faire ? Et ses meubles ? Elle n’en avait pas beaucoup, mais elle tenait beaucoup à la grosse armoire normande qui venait de ses grands-parents. Elle se dit qu’heureusement son chat était mort l’an dernier.

Quelques larmes tentent de sortir, mais elle se reprend et décide de se rendre au réfectoire. Qu’a-t-elle dit ? A droite et tout au fond. Cela doit être ça, car elle perçoit déjà le bruit des couverts et des chaises qui s’entrechoquent. Elle est frappée par le silence. Beaucoup sont déjà assis, tandis qu’une employée pousse un chariot et sert la soupe.

Les pensionnaires remarquent à peine son entrée.

– Allez, mettez-vous là, à côté de Madame…… vous verrez, elle est gentille !

La dame, la regarde mais ne dit rien.

La soupe est bonne, elle mange doucement. Elle voudrait parler à sa voisine, mais elle hésite. Engager un dialogue, c’est accepter, entrer dans cette nouvelle vie. Il lui semble qu’en restant seule avec elle-même, elle prolonge un peu son indépendance.

Jamais, elle n’avait envisagé ce moment mais elle sait que cette nuit va irrémédiablement l’emporter dans un nouveau monde, quelle croyait réservé aux autres.

La ballade de Narayama, ce film palme, d’Or à Cannes de Shohei Imamura réalisé en 1983 m’a profondément marqué. L’action se déroule au Japon vers 1860. La coutume veut que les habitants arrivant à l’âge de 70 ans s’en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama,  » la montagne aux chênes « . C’est ici que se rassemblent les âmes des morts.

Le fils emporte sa mère sur son dos, gravissant la montagne, affrontant le froid et la neige. En silence, il dépose délicatement la vieille femme. Il part sans se retourner. La vielle femme, les yeux clos, prie tandis que les flocons la recouvrent peu à peu.

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  1. Egalement dans la culture inuit, les plus âgés se sentant un poids pour le groupe, décident de ne plus avancer, de s’arrêter là, dans l’univers glacé, de rester à l’arrière, pour mourir.
    Notre culture occidentale est peut-être en train de fabriquer ce type de comportements. Le groupe qui avance est composé d’hommes et de femmes jeunes, en pleine santé pour participer au rituel de la consommation, fondement de notre société.

  2. Bonjour,

    Je suis CJM*, poétesse contemporaine.Vous avez eu la gentillesse de me mettre dans vos liens et je vous en remercie.
    Pour ce commentaire : de nos jours, je remarque une chose.Notre Monde ne prête plus assez attention aux personnes d’un certain âge.Elles dérangent voire plus..Alors que nous leur devons le respect et le droit de vivre en Paix.¨Je pense que plus on vieillit, plus on devient dépendant(e) des autres et leur Regard est différent. Heureusement, tout le monde n’a pas cette famille..mais combien de fois des situations révélent la solitude de ces personnes (sécheresse de 2003) et leur triste destin. Ceci doit nous faire réfléchir, et leur adresser un sourire est déjà le début d’un réconfort et un soutien.Pour ma part, je n’ai plus mes grands-parents mais leur vieillesse et leur sagesse me manquent tant..
    Bien à Vous-CJM*

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