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Le bruit est assourdissant, les métiers à tisser renvoient inlassablement leur canette à travers la multitude de fils. La chaleur, due au taux important d’humidité, ralentit ses mouvements. En levant les yeux, il peut voir le jour à travers les grandes vitres couvertes de poussière cotonneuse..

Au milieu des centaines de métiers, des dizaines de tisserands de tous âges s’affairent, communiquant à l’occasion par signes complices. Chaque tissserand a la charge d’un secteur, il connaît chacune de ses machines et, à l’oreille, il sait reconnaître si l’une d’entre elles a besoin qu’il s’occupe d’elle. Ces hommes sont entrés à l’usine à la sortie de l’école.L’usine est intimement liée à leur vie, leurs pères, leurs mères y travaillent. Les logements qu’ils occupent appartiennent à l’usine.

Dés 14 ans, il s’est retrouvé dans ce milieu d’adultes, milieu rude, dans lequel, il essaie en vain de s’intégrer. Au fond de lui, instinctivement, il n’acceptait pas ce mode de vie, qui lui apparaissait comme un renoncement. Malgré son jeune âge, et bien que le fait de travailler représentait pour lui une sorte d’autonomie, il ne pouvait accepter la résignation qui semblait se dégager de ces femmes et de ces hommes. Peut-être avait-il tort ?

C’est dans cet état d’esprit que tous les jours il partait au travail, une semaine du matin, l’autre semaine de l’après-midi.

C’était un matin où il rechargeait ses barillets sous le regard sévère du contremaître tout puissant qu’ il la vit, de l’autre côté de l’atelier. Petite silhouette frêle, les yeux inquiets, déjà assaillie par le vacarme. Une ouvrière lui indiquait le travail qu’elle aurait à effectuer.

Pendant de longues minutes il ne put détourner son regard, la dureté de la vie s’abattait sur ses épaules. Une profonde notion d’injustice l’envahit, pour ne plus le quitter dans sa vie future. Cette vision exprimait une violence qu’il ne pouvait supporter, et des larmes lui vinrent aux yeux. Il avait envie de courrir jusqu’à elle, de la prendre dans ses bras pour la ramener chez elle dans son cocon familial.

Cette jeune fille c’était sa soeur, sa petite soeur. Comment fut-il possible que ses parents l’aient, si jeune, plongée de façon si brutale, dans cet enfer.

Mais il n’avait pas le droit de quitter son poste, il ne pouvait que la regarder, les yeux embués des larmes du désespoir et d’impuissance.

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