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Mon travail d’artisan, m’a amené à travailler, la plupart du temps seul, parfois avec un compagnon. Cette solitude à, pour revers de se couper d’une certaine réalité sociale, d’autant plus accentué par mon travail de boulanger, qui m’obligeait à dormir le jour et travailler la nuit.J’évoluais donc , dans une société que je n’appréhendais que partiellement surtout, au niveau des rapports sociaux.

Quand je fus amené à me reconvertir en tant que salarié, je fus confronté à un phénomène, auquel, je ne m’attendais pas et auquel, je n’ai jamais pu faire face. Je me suis retrouvé, au sein d’une entreprise, parmi des personnes toutes plus jeunes que moi. Cela peut paraître anecdotique, mais tout à coup, j’ai pris conscience d’un âge, que je n’avais jamais intégré, tout simplement parce que je le vivais naturellement. Cinquante quatre ans ! Ce n’est pas vieux ! Tous les gens de mon âge se disent la même chose. On ne se voit pas prendre de l’âge, le corps et l’esprit se forgent petit à petit, chaque jour apportant sa dose d’expérience. Au fil des jours on intégre son époque, du moins le croit-on. Il est vrai, que certaines valeurs deviennent plus importantes au détriment de l’évolution  » technique » de la société, bien que cela ne soit pas vrai dans tout les cas.

J’ai vite compris que le monde de l’entreprise générait une concurrence entre les individus, telle que chacun se croyait tenu d’entrer dans un personnage fictif, faussant ainsi, des rapports que j’avais idéalisé. Il me semblait qu’une équipe, rassemblant des compétences identiques ne pouvait être, que constructif et gratifiant. Contrairement à cela, la méfiance, la défiance, le manque d’écoute était le lot quotidien.La pression des dirigeants sur l’équipe aboutissait à une concurrence stérile consistant à reporter sur l’autre ses propres carences, ses lacunes.

En ce qui me concerne, c’était insidieux, mais les remarques quand à mon âge, sont devenues récurentes. De simples plaisanteries,au départ elles se sont étoffées au cours des mois. Le ton est devenu plus cassant, plus direct. Ne pouvant attaquer mon travail, on m’attaquait sous l’angle de l’âge. Au point que je me suis mis à douter de mes capacités intellectuelles et physiques.

Cela m’a amené à réfléchir sur le rôle que pouvait jouer, au sein de la société, des personnes de mon âge, arrivant au stade de la maîtrise de leur profession, au stade où ces personnes peuvent, avec le recul qu’apporte l’expérience, diffuser autour d’eux et en particulier aux plus jeunes, une expérience acquise au fil des années. Au niveau de l’entreprise, j’ai bien peur que cela soit bien utopique. Place est donnée aux trentenaires, sortant des écoles et occupant aussitôt des postes à responsabilité, pour faire appliquer des connaissances toutes théoriques. Combien de fois, ai-je entendu des étudiants faire des études pour être responsable, pour être directeur, chef de… etc. On ne fait pas d’études pour être humain, pour diriger, pour comprendre des hommes, on est à l’écoute ou ne l’est pas, on est sensible ou on ne l’est pas. Et ce n’est pas à la sortie de l’école, sans expérience sociale que l’on est capable de diriger une équipe. Ces mêmes trentenaires,de toute façon, au bout de quinze ans à peine, seront écartés au profit d’une nouvelle génération.

Est-ce la société actuelle qui génére de telles situations, où l’emploi n’est plus source d’épanouissement, d’application de connaissances acquises pour au contraire mettre en concurrence stérile des personnes, lesquelles, chacune à leur niveau pourraient apporter leur savoir-faire, mais aussi et surtout leur propre personnalité, leur propre sensibilité.

Heureusement, je n’ai été salarié que trois années !

La discrimination s’étend insidieusement : la jeunesse, les vieux, les noirs, les arabes, les riches, les pauvres, les femmes, les chômeurs, les sdf, les gros, les petits, les handicapés et j’en oublie !

J’ai appris, hier, que trois employés de Renault s’étaient suicidés, dont l’un sur son lieu de travail !

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  1. Ce sont des témoignages comme celui-ci qui finiront par faire réfléchir.
    Bernard Clavel décrit si bien le monde de l’apprentissage du petit boulanger qu’il a été, dans « la maison des autres ».
    Qui raconte la suite ? Peut-être vous ? Vous devriez raconter encore plus longuement (pourquoi pas un livre ?) ce passage d’un âge à un autre, à partir de l’expérience professionnelle dont on peut insidieusement être dépossédé.

  2. lamauragne dit :

    Bonjour,
    A propos des suicides chez Renault, le Monde en vait déjà parlé bien avant hier.
    Moi même l’avait asses longument évoqué sur mon blog à cette époque:
    http://www.lamauragne.blog.lemonde.fr

    Bien cordialement,

    jf.

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