sculpte-par-le-vent.jpgIl faisait si beau ce jour là. C’était en hiver , la montagne était givrée imposant un silence presque religieux. Seul, le bruissement du ruisseau venait troubler la sérénité de l’instant. La petite route s’enfonçant dans la sombre forêt de sapins était recouverte d’une fine couche de neige, glissante.

Chaudement vêtu, j’avais éprouvé l’envie de sentir cet air vif qui brûle les joues et les oreilles. Je vivais depuis peu à cet endroit. J’habitais un presbytère tenu par un prêtre que l’on dirait aujourd’hui traditionnaliste, avec la soutane et le chapeau; c’était devenu mon nouvel univers depuis que, quelques mois auparavant mes parents, m’avaient éloigné d’eux.

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J’avais ressenti un réel soulagement à l’idée de savoir que je n’aurais plus à supporter les sautes d’humeur d’un père instable, oppressant toute la famille par une sorte de parano. Cependant, je dois avouer que malgré ce sentiment de liberté souhaité par mon jeune âge, j’éprouvais souvent une solitude proche de l’angoisse et il me fallait me réfugier dans l’isolement et le silence.

J’étais donc dans cet état quand, derrière moi, j’entendis le bruit d’une voiture, j’utilise sciemment le mot bruit car il brisait littéralement le silence de cet endroit de la campagne vosgienne. Continuant mon chemin, j’ai entendu la voiture ralentir et tourner dans la cour du presbytère.

Il ne me fallu pas longtemps, pour reconnaître la voix de mon père, mes jambes se mirent à trembler et sans me retourner, j’ai accélerer le pas; il était insoutenable, pour moi de me retrouver face à cet homme que j’avais rayé de ma vie. En une seconde, rien qu’avec sa voix, il m’avait ramené à mes angoisses, à mon désarroi de n’être pas assez fort pour m’opposer à cet homme.

Bifurquant, je suis entré dans la forêt, apparemment, il ne m’avait pas reconnu. Assis contre un sapin, je suis resté assis, sans bouger, transis de froid et de peur pendant plus d’ une heure tandis qu’au loin, je distinguais mon père et ma mère en discussion avec le prêtre.hiver_34.jpg

Je ne savais pas que c’était la dernière fois que je le voyais. Il est mort d’un cancer à 57 ans, seul.
Il avait créé le vide autour de lui, sa femme, mes soeurs, mon frère étaient partis pour retrouver un peu de calme. Il ne sait pas le mal qu’il a fait.

Par la suite, j’ai tout fait pour que mes enfants ne subissent pas le traumatisme qu’à l’heure actuelle, je ressens encore.

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