L’Eloge de rien a paru anonymement, mais on sait qu’il est l’oeuvre d’un certain Louis Coquelet, né à Péronne en 1676 et mort à Paris en 1754. On lui doit également un Eloge de quelque chose dédié à quelqu’un, une Critique de la charlatanerie, un Eloge de la goutte et un autre des femmes méchantes.
Cela fait plusieurs semaines que je voulais écrire sur RIEN. Sur RIEN du tout. Écrire, juste pour mettre des mots l’un après l’autre dans une incohérence totale. Des mots contradictoires, des mots qui s’autodétruisent sans pitié. Mais il n’y a rien à faire, chaque fois que je m’y essaie, je me rends compte que malgré ma volonté farouche ces mots arrivent toujours à dire quelque chose. Oh ! Pas grand-chose et même souvent des âneries, mais à leur lecture on arrive à en saisir un sens si minime soit-il.
Et surtout ne croyez pas que ce soit un exercice facile ! Pas du tout !
Par exemple comment ne pas être élogieux ? C’est impossible !
Exemple :
- Bonjour Madame, ça va ce matin ?
Par cette petite phrase, vous pensez n’avoir RIEN dit d’important alors que vous êtes entré sans le savoir dans le processus de l’éloge et ce, quoique cette dame vous réponde.
Si elle vous répond :
- Ça va, je vous remercie. – C’est que vous avez été élogieux puisque votre question a provoqué en elle un sentiment d’intêret de votre part alors qu’elle ne vous demandait rien.
Et si elle passe son chemin sans répondre, ni même sans vous regarder ( ça arrive, si, si ) vous auriez été dépité et pourquoi ? Tout simplement parce que votre bonjour serait tombé dans le vide et que vous vous seriez dit : – Si j’avais su, je n’aurais RIEN dit à cette bonne femme ! -
Donc vous auriez ressenti du dépit, car sans en être conscient vous avez été élogieux sans retour. On peut donc dire que l’éloge est source de dépit !
On pourrait aussi penser que l’éloge amène l’éloge. Je m’explique : si vous êtes élogieux envers une personne, celle-ci pourvu qu’elle soit doté d’un minimum d’éducation vous répondra par un autre éloge à votre encontre et ainsi de suite. Pour imager ( je sens qu’il y en a besoin ) c’est comme quand vous vous trouvez dans la situation de laisser passer quelqu’un devant vous par politesse, celle-ci s’empresse d’en faire de même et cela peut durer de longues minutes, jusqu’à ce que l’une d’elle céde avec le sentiment, certes caché, qu’elle a perdu la partie.
Donc, faire l’éloge de RIEN n’est pas possible, sauf à ne pas parler ou à ne pas écrire. Rester muet, sans faire un geste, un signe, immobile, car il en faut peu pour que RIEN devienne quelque chose.
Mais je me rends compte que je voulais parler de RIEN, or cela n’a pas été le cas !
Mais comment pourrais-je donc parler de RIEN ?





