
Cécile, assise confortablement sur sa terrasse conversait depuis plusieurs minutes avec son interlocuteur. On pouvait lire sur son visage de l’inquiétude, mais aussi de l’agacement.
- Je vous assure que je n’ai aucune nouvelle d’elle depuis une semaine. Vous pensez bien que je vous l’aurais signalé si elle était passée chez moi. C’est votre travail de la surveiller, je ne vois pas pourquoi vous mettez en doute ce que je vous dis.
Elle raccroche rageusement.
Astrid, sa soeur, après le procès a été hospitalisée dans une clinique psychiatrique située à une quinzaine de kilomètres de chez elle. C’était une clinique moderne composée de deux parties dont l’une en milieu fermé où elle séjournait depuis 3 ans. Cette proximité avait été une coïncidence heureuse pour Astrid qui pouvait espérer bénéficier des visites de sa soeur et malheureuse pour Cécile qui depuis le drame vivait un enfer.
Depuis sa toute petite enfance, Astrid avait souffert d’une fragilité psychique qui l’entraînait dans des dérives qui se répercutaient sur toute la famille. Au fur et à mesure des années, son état avait empiré. Les séjours en clinique se sont de plus en plus rapprochés. Les retours à la maison, passé les retrouvailles se transformaient très vite en affrontement stériles laissant toute la famille impuissante face à une maladie que tant les médecins que la famille ne pouvaient cerner ou même contenir.
Jusqu’au jour où le drame s’était produit. Astrid était rentrée d’un de ses multiples séjours et on avait perçu chez elle un changement de comportement, surprenant une fois de plus la famille. Dès son retour elle s’était rendue dans sa chambre sans dire un mot en laissant échapper de sanglots violents.
Les parents des deux filles étaient des commerçants à la retraite. Ils avaient créé une boulangerie biologique, fabricant des pains et des gâteux distribués dans les boutiques diététiques. Les deux filles étaient encore petites, au départ de l’affaire et celle-ci ayant tout de suite pris de l’ampleur, les parents durent sacrifier beaucoup leur présence auprès de leurs enfants. Cécile en temps qu’aînée avait très tôt pris en charge sa soeur avec beaucoup d’abnégation et d’autorité. Cependant, un jour il avait fallu se rendre à l’évidence, Astrid était malade et très vite on informa les parents qu’elle était atteinte de schizophrénie.
La schizophrénie est une maladie qui se déclenche souvent pendant l’adolescence et compte tenu du contexte la famille n’avait pas perçu les symptômes chez Astrid, confondant ceux-ci avec le comportement d’une enfant en proie aux crises de l’adolescence. C’est d’ailleurs ce qui se passe souvent et quand il faut réagir, il est la plupart du temps trop tard. Il faut alors se tourner vers la médecine, accentuant encore le malaise du malade.
C’est pourtant une maladie assez fréquente touchant jusqu’à une personne sur 100. Les principaux symptômes sont constitués d’interprétations erronées des faits de la vie courante comme une parole anodine mais prise pour une attaque personnelle ou même un article dans une revue ou encore une parole de chanson que la personne perçoit comme adressée directement à elle. Plusieurs fois Astrid était entrée dans des colères folles, persuadée que les paroles de la chanson qu’elle diffusait dans sa chambre s’adressait à elle. Il fallait alors la calmer et Cécile avait passé de nombreuses heures à la tenir dans ses bras en attendant que la fureur retombe. Mais le pire pour la famille c’était les périodes de mutisme. Astrid, sans aucune raison entrait dans un mutisme que rien ne pouvait rompre. A choisir, il valait encore mieux les crises de colère qui entretenaient malgré tout un lien si fragile qu’il soit, mais ce mutisme était terrorisant. Son visage devenait de cire et ses yeux ne semblaient plus rien distinguer. Cela pouvait durer parfois jusqu’à plusieurs mois sans qu’elle ne prononce un seul mot.
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