Je viens de lire un article qui m’a beaucoup touché car il exprime avec talent l’énigme que nous représentons les uns pour les autres. Qui sommes-nous ? Que voyons nous dans le regard de notre interlocuteur ? Quelles sont les motivations d’un rapprochement entre deux personnes ? Un pessimiste pourrait avancer que celui-ci n’est basé que sur la recherche de sa propre connaissance. Un optimiste pourrait avancer au contraire qu’il est basé sur la confiance réciproque.
Il y existe bien sûr des positions intermédiaires mais que comprenons-nous des paroles de l’autre ? Nous entendons ses paroles à travers le prisme de notre propre histoire qui n’est forcément pas la même que celle de notre vis-à-vis. Ces paroles sont alors transformées pour correspondre à une perception reposant sur l’imaginaire, sur un a priori inévitable.
Je me suis souvent rendu compte qu’en fait, la communication était plus facile lors de contact dont je savais par avance qu’il serait bref. Le fait de savoir qu’il n’impliquera pas d’engagement de ma part me libère alors et me permet alors de recevoir directement des mots dont, dans une situation différente, j’aurais eu tendance à déformer pour les ajuster à ma perception.
Rares sont les occasions de recueillir des égards dans notre société et quand cela arrive il se déclenche toujours une petite alerte qui nous interroge sur l’origine de ces égards. C’est évidemment une vision pessimiste mais elle est peut-être considérée comme légitime.
Pourtant la communication est vitale pour l’homme et souvent, par faiblesse ou par intérêt, celui-ci renie ses propres mots pour en entendre d’autres qui lui donneront l’impression d’exister parmi ses semblables. La quiétude se trouve sûrement dans une relation ancienne quand les barrières sont tombées, quand les regards peuvent se confronter sans préjugé, sans pudeur.
” Nous sommes lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué.”