- Bonjour Madame, je voudrais que vous m’ écoutiez.
- Ah, bon et pourquoi ? Je ne vous connais pas !
- Justement c’ est parce que vous ne connaissez pas que je voudrais que vous m’ écoutiez.
- Alors ça, c’ est la première fois que j’ entends une chose pareille. Dit-elle en s’ éloignant.
- Non, ne partez pas ! J’ ai besoin de parler. Cela fait longtemps que je n’ ai pas parlé. Je suis seul !
- Mais adressez-vous à quelqu’un d’ autre, je ne suis pas assistante sociale.
- J’ en vois une, mais elle ne me parle que de papiers, ce que je veux c’ est parler de moi, de ce que j’ ai dans la tête.
- Laissez-moi maintenant ou j’ appelle la police !
- Juste cinq minutes. Juste le temps que vous me regardiez. Que vous regardiez ma tête, mes mains, que vous preniez conscience que j’ existe. Je n’ existe plus pour personne, j’ ai perdu le contact. Aidez-moi !
Il s’ accroche à la manche de la femme, qui commence à prendre peur. Elle cherche du secours autour d’ elle, mais personne ne remarque cette scène étrange. Elle se rend compte que tout à coup, malgré elle, elle se trouve seule aussi face à une situation qui la dépasse.
Le jeune homme insiste. Il a perçu le désarroi. cela le conforte dans sa demande vitale :
- Juste cinq minutes, on s’ assied là, à la terrasse et on parle. je vous regarde comme un femme et vous me regardez comme un homme ! Je vous en prie !
- Il a élevé la voix, un passant se retourne, mais continue son chemin. La femme prend conscience qu’ elle est prise au piège. Elle commence à faiblir. Ses yeux croisent le regard de ce jeune homme qui outre sa demande curieuse paraît tout à fait normal. Est-il possible que l’ on soit seul au point d’ arrêter quelqu’ un dans la rue pour parler ? Elle remarque ses mains blanches, très blanches. Ses vêtements sont propres. Elle se dit qu’ il faudrait peut-être qu’ elle cède à sa demande, après tout, juste là, à la terrasse de ce café, elle ne risque rien et puis peut-être est-il vraiment désespéré.
- D’ accord, juste quelques instants.
Le jeune homme sourit. Ses yeux bleus brillent de reconnaissance.




