ICI, LA ET AILLEURS

août 25, 2007

Une longue histoire ( Troisième partie )

Classé dans : 6. Réflexions et autres gamberges, politique — motpassant @ 2:47

TROISIÈME CHAPITRE

Je continue ce récit très détaillé comme vous avez pu le constater. Le premier voyage s’est donc effectué le 13 juillet au cours duquel Cécilia accompagné de Claude Guéant a rencontré les infirmières.

Ils sont partis tôt le matin, Cécilia en pantalon blanc de chez qui vous savez et chaussée de ses fameuses Repetto, Claude Guéant toujours habillé en clergyman. Ils ne se parlent pas beaucoup, Guéant craint Cécilia et elle n’est pas à l’aise en face de ce puits de culture. mais la vie est ainsi faite chacun assume son parcours comme il peut.

L’avion se pose à Tripoli vers neuf heures. Le secrétaire de Kadhafi les accueille sans sourire. Il leur annonce qu’ils ne rencontreront pas le Guide Suprême aujourd’hui et qu’ils devront revenir pour cela. Les discussions se feront avec Saïf et le Premier ministre M. Chalgham. mais ils pourront rencontrer les infirmières ainsi que le médecin autant qu’ils le voudront. Tous les points devront être évoqués avec le premier ministre de façon à ce que la prochaine visite se passe pour le mieux.

A l’écoute de ces paroles Cécilia jette un coup d’oeil complice à Guéant. Il fait déjà très chaud et la jeune femme se dit qu’elle aurait dû mettre ce joli chemisier qu’elle a acheté l’autre jour chez Hermès ( Encore une bonne maison, je vous la recommande ) au lieu de ce pull à manches longues. Cependant elle se dit que dans ce pays il valait mieux qu’elle soit habillée comme cela.

Il arrivent bientôt dans une grande villa climatisée. Une grande baie vitrée donne sur une piscine dans laquelle s’ébattent une demi-douzaine de jeunes filles dont l’addition des vêtements ne  représenterait pas le dixième du foulard des femmes de la rue.

Saïf, toujours aussi charmant leur offre une boisson servie par une jeune fille noire mesurant au moins 1,85, vêtue d’un ensemble qui ne vient pas de chez Prada, mais bien quand même. Elle a de beaux yeux noirs et brillants. Cécilia ne peut éviter un petit sentiment de jalousie.

- Merci Rania. Tu peux nous laisser. La “ sculpture “ s’éloigne dans un mouvement aérien qui ne laisse aucun habitant de la pièce indifférent.

Saïf continue :

- J’ai donc longuement parler avec mon père et bien que la situation soit loin d’être résolue, nous avons peut-être des chances d’avancer.

Cécilia et Guéant sont sur la même longueur d’onde. Chaque parole prononcée par les Lybiens sonne comme une demande financière. Ils savent qu’ils ont affaire à des maîtres-chanteurs et qu’il faudra évoluer dans ce cadre malsain.

Je fais une petite parenthèse pour relever ce qui se passe à Paris pendant ce temps là. Du côté du gouvernement, tout le monde est prêt à répondre au moindre appel des deux émissaires. Je sens que vous allez me demander ce que faisait Kouchner pendant ce temps là. Et bien, je vais être honnête, je n’en sais rien ! Après tout le sujet est comment se sont passées les tractations et non l’emploi du temps de Kouchner. Je ne sais pas moi, peut-être rangeait-il son bureau ou changeait-il la tapisserie de sa salle à manger, il y a tant de chose qu’il aurait pu faire, ce qui est sûr c’est qu’il n’était pas en Lybie. Voilà c’est dit. Si vous le désirez, je ferai une enquête plus approfondie.Du côté du P.S. c’est la même rengaine par les voix de Glavany ou de Moscivici, on a pas entendu les autres.

“Quand (Cécilia Sarkozy) joue un rôle public, chaque fois qu’elle devient ou deviendra émissaire du chef de l’Etat en tant que tel, elle doit comme tout représentant officiel rendre des comptes”, déclarait Pierre Moscovici dans Libération, estimant que l’épouse du chef de l’Etat pour qui il ne souhaite pas un “statut juridique” est de fait, en particulier dans cette affaire, “un personnage public de premier plan”.

Mais après tout c’est le rôle de l’opposition, que ferait-elle si elle ne critiquait pas. Pourtant sur un tel sujet il serait bon que tout le monde se serre les coudes et ne tombe pas dans l’anecdote. Mais je m’égare.

Donc voilà ce qu’il se passe à Paris, c’est à dire rien, il faut dire que nous sommes en plein été  et que le soleil brille encore pour ses derniers jours.

Je reviens donc en Lybie où après une petite heure de conversation à bâtons rompus, Saïf propose à ses invités de se rendre auprès des infirmières.Il fait venir un militaire, qui devait attendre derrière la porte et lui donne les consignes pour accompagner ses hôtes à la prison. Vous comprendrez que je passe sous silence cette visite qui a duré plus de deux heures.

Je peux cependant vous dire que Cécilia a fait preuve d’une grande détermination et qu’elle a promis de revenir très vite pour obtenir enfin leur libération.

Au retour à la villa, Saïf les attendait toujours aussi élégant. Les filles étaient toujours aussi nombreuses autour de la piscine, peut-être en était-ce d’autres. Elles n’avaient ni les yeux noirs, ni les cheveux noirs, elles étaient plutôt blondes aux yeux clairs. Le cliché était vérifié.

Ce n’est qu’après un repas frugal que les discussions commencèrent. Le premier ministre avait rejoint la villa. Il semblait disposé à négocier et Cécilia essayait de deviner si, sur les directives de Kadhafi il savait déjà ce qui allait se passer aujourd’hui. Mais Cécilia, que la rencontre avec les infirmières avait beaucoup touché était décidée à ne pas se laisser intimider. Pendant un instant elle se remémora son parcours. Un vertige fugace la parcourut. Elle avait l’occasion de réaliser une action d’éclat que le monde entier ne pourrait ignorer. Elle ne pensa à son mari qu’après avoir goûté ce moment délicieux. Elle ne savait pas ce que serait son avenir auprès de cet homme. Elle le savait très amoureux, mais elle n’avait jamais pu lui rendre cet amour, cependant elle regrettait l’épisode américain. Elle se dit qu’après tout, si elle pouvait se réaliser en effectuant des missions particulières, pourquoi pas. Les incantations diverses n’avaient aucune prise sur elle.

Le premier ministre prit la parole en premier :

- Vous pouvez être assurée Madame que Saïf et moi sommes sensible à votre démarche et que nous sommes désireux de vous écouter.

En clair, cela voulait dire, si vous nous donnez tout ce qu’on demandera, on avancera.

- Je vous remercie M. le premier ministre. Je suis persuadée que nous voulons tous les deux aboutirent à une solution satisfaisante.

Elle avait convenu avec Claude Guéant que celui-ci n’interviendrait que sur des points précis, des points juridiques en particulier.

Elle continue :

- Comme je l’ai dit à Paris à Saïf, le sort des enfant contaminés nous préoccupe tout autant que le sort des infirmières et je vous propose de parler en premier de ce vous pourriez accepter comme compensation pour ces familles. La France est un grand pays, elle peut vous fournir de l’aide médicale, des médecins, un hôpital. Et évidemment une compensation financière, soit globale, soit par victime.

Elle s’exprime clairement et étonne les deux Lybiens peu habitués à discuter avec une femme. Elle fixe du regard le premier ministre. Celui-ci s’en rend compte et se sent obligé de répondre aussitôt.

- Le Guide Suprême est très préoccupé par la détresse de ces familles et il souhaite que le maximum soit fait pour elles. Nous demandons donc une somme pour chaque enfant, la construction d’un hôpital et la formation du personnel soignant. Nous fixons la somme d’un million de dollars par enfant. Cette somme doit être versée en liquide et tant qu’elle ne sera pas sur le compte des familles rien ne se passera.

Claude Guéant comme à son habitude reste discret et note tout ce qui se dit. Cette revendication n’est pas nouvelle et on peut se demander pourquoi il a fallu tant d’années pour envisager de résoudre cette situation en cédant aux caprices de ce dictateur. Car, il faut bien l’admettre, il faudra céder si on veut faire sortir de prison ces infirmières.

Cécilia, le visage calme, un léger sourire aux lèvres, confirme qu’elle a bien pris note de ses demandes, mais elle veut parler de la libération.

- Je pense que la France et les gouvernements européens sont disposés à satisfaire votre demande, en tout cas le président Sarkozy ( elle ne se fait pas à l’idée d’appeler son mari président )  fera tout, vous pouvez en être sûr pour réunir les conditions de cette négociation. Cependant, j’aimerais parler maintenant du sort des infirmières. Je voudrais témoigner de l’émoi du monde entier à cause de cette situation. Vous auriez tout intérêt à aboutir et retrouver ainsi la place que vous êtes à même de tenir sur la scène internationale.

Elle n’est pas mécontente de sa phrase quand elle voit le visage du ministre se rengorger de fierté.Elle reprend :

- Votre président est un grand homme politique qui a fait beaucoup pour son pays et la France serait heureuse de l’accompagner dans les années futures dans le développement des technologies ou des infra-structures dont vous avez besoin.

Elle s’étonne en même temps qu’elle se fait peur, parce qu’elle s’avance beaucoup si elle en juge au regard effaré que porte sur elle Claude Guéant.Elle se dit qu’il est temps qu’elle communique avec son mari. Elle demande une pause pour téléphoner à Paris.

Sarkozy décroche à la seconde. il est nerveux. Il sait que l’opposition s’agite. Il voudrait être là-bas et régler les choses lui-même. Mais l’idée d’obtenir ce succès au bout de deux mois à peine de mandat le subjugue. Il ne boudera pas son plaisir et tant pis pour les jaloux.

- Allo ! Cécilia ! La voix de sa femme résonne à son oreille comme une douce mélodie. Il a besoin de cette femme. Il lui pardonnera tout. Il sait qu’elle est son point faible, mais il se laisse aller volontiers à celui-ci.

- Nicolas, je suis contente de t’entendre. j’ai besoin que tu me rassures.

- Pas de problème ma Cécilia, dans l’excitation il casse son crayon, alors raconte-moi comment ça se passe ?

- Comme tu pouvais t’en douter. Ils exercent leur chantage à fond et j’ai peur que leurs exigences ne passent pas au niveau de l’Europe. On ne peut tout de même pas s’engager tout seul.

- Rassure-toi, ma chérie, tu peux avoir confiance en moi, nous y arriverons.

Elle lui transmet les exigences pour les enfants.

- Vas-y, Cécilia !

- Mais l’argent ! où vas-tu trouver une telle somme ? Tu te rends compte si on se plante !

- Ma puce, on ne se plantera pas ! J’ai invité l’Emir du Quatar, tu sais le gros qui louchait sur toi l’année dernière. je l’ai invité pour le défilé du 14 juillet, j’te raconte pas comme il est fier. Et là, je le coincerai et il me donnera le pognon ! C’est aussi simple que ça ! Écoute pour cette fois, le problème des enfants est résolu, c’est déjà pas mal. Essaie de voir, si tu te sens, ce qu’ils veulent pour la libération, mais sans plus. On organisera une autre visite rapidement avec les éléments des Européens. Et Claude, ça va ? Il est jamais à l’aise dans les trucs là. Ne le laisse pas trop parler. Fais leur des sourires, tu leur dis que leur pays est magnifique et que tu y passerais bien des vacances. De toute façon, une fois qu’elles seront libérées, ils pourront le garder leur pays ! Si tu rentres pas trop tard on ira dîner chez Gagnaire. Allez courage !

Elle raccroche, soulagée et rejoint la table sur laquelle la sculpture a déposé des tasses à thé couvertes d’un or qui ferait vivre un village africain pendant trente ans.

- Le président confirme que vos demandes peuvent être satisfaites rapidement. Pour la suite de la négociation, il va consulter les pays Européens et nous pourrions nous revoir dans une dizaine de jours, si cela vous convient.

Saïf est aux anges, il boit son thé le petit doigt en l’air, il a dû voir ça à Paris. Curieux comme on remarque des détails quand la situation est tendue. Les filles de la piscine sont parties. La maison est calme. Le parc couvert de palmiers immenses respire la tranquilité, la quiétude. A quelques kilomètres de là des femmes et un homme souffrent d’être éloignés de chez eux depuis plus de huit ans.

A suivre…

motpassant

Une longue histoire ( Deuxième chapitre )

Classé dans : 6. Réflexions et autres gamberges, politique — motpassant @ 9:38

DEUXIÈME CHAPITRE

La scène se déroule au Fouquet’s ( Très, très bonne maison surtout célèbre depuis le 6 mai. 2007 ).Autour d’une table, dans un salon particulier, sont réunis Saïf, R.D. Guéant et Cécilia. Ils boivent du thé et Saïf a demandé une religieuse ( La pâtisserie bien sûr ). Pendant le trajet en voiture, Cécilia a informé son mari de sa rencontre et surtout du coup spectaculaire qu’ils pourraient faire. Sarkozy est tout de suite entré dans le jeu et s’est dit qu’une fois de plus sa Cécilia était quelqu’un de formidable. C’est sûr, qu’ il l’aime.Je vous passe les préambules de mise, surtout quand il faut négocier avec des gens du Moyen-Orient et Cécilia en vient au sujet fatidique. Il faut noter que Guéant n’interviendra que très peu, sauf pour rectifier quelques erreurs géographiques ou diplomatiques que cette dernière ne maîtrise pas complètement mais on ne peut pas le lui reprocher.

- Voilà, je pense que vous vous en doutez un peu, mais nous voudrions que vous nous parliez des intentions de votre pays au sujet du sort des infirmières Bulgares et du médecin Palestinien.

Saïf paraît surpris, puis se reprend. Il faut dire à sa décharge que malgré ses fonctions il est un peu benêt en tout cas ses valeurs sont différentes des nôtres. Il répète deux fois :

- Les infirmières. Les infirmières. Je ne m’attendais pas à ce que vous parliez de ce sujet. Mais si vous le désirez, je suis à votre disposition.

Au fond d’elle Cécilia pousse un ouf de soulagement. Cette fois le processus est engagé.

- Vous comprenez bien que l’Occident est bouleversé par le sort que votre pays a fait subir à ces pauvres gens.

- Vous semblez oubliez Madame que ces infirmières ont inoculé le virus de sida à plus de 400 enfants.

Guéant tente d’intervenir, mais Cécilia lui lance un regard noir. Elle s’attendait à cette remarque et justement elle va en faire un argument de négociations. Rapidement elle a compris que si on voulait résoudre ce drame il fallait non pas, demander la libération, mais insister sur le sort malheureux de ces enfants. Elle sait que Kadhafi se fout du sort des infirmières, mais un peu moins des enfants malades.

- Je voudrais que vous compreniez combien que nous sommes solidaires de ces pauvres enfants et vous pouvez être sûr que c’est notre principal souci.

En utilisant le terme ” principal ” elle sent qu’elle a marqué un point vis-à-vis de son interlocuteur. Elle reprend :

- Vous savez que nous avons des spécialistes qui peuvent prendre en charge personnellement chaque enfant. Nous pouvons même construire un hôpital et assurer la formation du personnel soignant, tout le temps le temps qu’il faudra.

Saïf est tout de même perturbé et il se dit qu’avant de faire un erreur, il ferait bien de téléphoner à son père. Visiblement il ne s’attendait pas à passer sa soirée à parler de politique, mais plutôt avec une des filles de chez Prada. Cependant il sent qu’l peut éventuellement tirer profit de cette situation. Il n’oublie pas que son père lui a promis la succession et il ne tient pas remettre en cause ce destin fantastique que d’être président à vie d’un pays aussi riche et habité par une population aussi pauvre qui ne proteste jamais et se contente de son sort. Il sait qu’il n’aura comme principal souci de que de gérer les milliards qui tomberont régulièrement comme un métronome dans son escarcelle. Il informe donc es interlocuteurs qu’il souhaite téléphoner à son père et qu’ainsi ils seront fixés sur les intentions de ce dernier.

- Allo ! Qui c’est ? La communication passe mal dans le désert.

- C’est Saïf ! Bonjour p’pa ! Ça va ?

- Qu’est-ce qui se passe mon fils ? Alors ce défilé militaire, ça s’est bien passé ? Est-ce que tu as vu des armes qui pourraient nous intéresser ? Tu sais que je te fais confiance !

- Oui, je sais p’pa et je te remercie, tu es un bon père ! Dieu Te bénisse !

Saïf se rend compte du malentendu et n’ose reprendre son père.

- Oui, oui, il y avait beaucoup de choses intéressantes, nous en parlerons à mon retour. Mais je te téléphonais pour autre chose. Tu sais à Paris, il y un nouveau président depuis peu.

- Oui, oui, Sarkozy, je crois.

- C’est ça, Sarkozy et je suis au Fouquet’s avec sa femme et un de ses conseillers, ils veulent que je leur parle de ce que tu comptes faire avec les infirmières.

- Qui ça ?

- P’pa tu sais bien, le sida, les gosses malades.

- Ah ! Oui, ça y est. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Ca ne les regarde pas. C’est mon problème, ne te mêle pas de ça !

- Ecoute p’pa, tu sais qu’on a beaucoup a gagner dans l’histoire, tout le monde est prêt à se coucher pour obtenir cette libération et il faudrait y réfléchir. On pourrait récupérer par mal de millions de dollars avec cette histoire. Rappelles-toi, tu n’as jamais digéré Lookerbie. Et puis toutes ces nouvelles armes, tu te rends compte de tout ce qu’on pourrait engranger. Ça vaut vraiment le coup, et puis ces Bulgares, y en a marre et en plus, ça nous fait une sale réputation dans le monde entier.

Sous sa tente Kadhafi sent son keffieh se soulever. Il est pas si bête que ça mon fils, qu’est-ce que ça coûte de négocier. Si ça me convient pas j’annule tout, ce ne sera pas la première fois.

- Passe-moi la femme du président Sarkozy. Comment s’appelle-t-elle ?

- Cécilia.

- Elle est belle au moins ? On ne se refait pas.

- Pas mal, bon qu’est-ce qu’on fait je te la passe ? Il se rend compte que son portable est vide.

- Oui, oui, fils, passe là moi et rentre vite qu’on reparle de tout ça.

Saïf est fier d’informer sa compagnie que son père accepte de parler à Cécilia. Celle-ci ne s’attendait pas à une telle rapidité et elle est prise soudain par un vent de panique. Il aurait fallu qu’elle voit Nicolas. Qu’est-ce qu’elle va pouvoir dire à cet homme qui lui fait peur rien qu’à la télé. Parler avec le fils ça va, mais avec le père ! Mais elle ne peut plus reculer, elle se lève et prend l’appareil, quelques secondes interminables s’écoulent, quand elle entend une voix grave qui se veut charmeuse.

- Bonsoir Madame, mon fils me dit que vous voulez me parler des infirmières Bulgares. Je vous dis tout de suite qu’elles ont été reconnues coupables et que la peine doit être appliquée. Cependant je suis disposé à vous écouter. Faîtes vite, je n’ai pas beaucoup de temps.

En fait, vous l’aurez compris, il a tout son temps, il ne quitte son fauteuil que pour monter dans son 4×4 et se rendre dans une de ses nombreuses demeures où il se rassied dans un autre fauteuil.

- Par hasard, j’ai fait la connaissance de votre fils et je me suis permis d’évoquer le sort de ces prisonnières…

Il la coupe brutalement :

- Meurtrières vous voulez dire ! Elles ont volontairement inoculé le sida à des centaines de gamins ! Et vous voulez que j’ai pitié de ces gens !

Il crie, il sent qu’il va s’emporter. Cécilia tremble sur ses jambes. jamais elle n’aurait dû se lancer dans une telle aventure. Si seulement Nicolas était là, lui il sait comment se sortir de toutes les situations.

Il reprend :

- J’ai dit à mon fils que j’acceptais de vous parler, alors je vous prie de bien vouloir excuser mon emportement, mais comprenez que le sort de ces gamins est ma principale préoccupation.

- Tout à fait Monsieur, j’ai déjà dit à votre fils que nous voulions avant tout aider ces familles et que nous pourrions y mettre tous les moyens. Mon mari est un homme dynamique qui peut faire bouger les choses et avec qui vous devriez vous entendre. Je suis sûr que vous avez le même caractère.

- Bon, écoutez, voilà ce que je propose. Je vous invite à venir me rendre visite, mais que ceci se fasse dans la plus grande discrétion. Et je vous rappelle une nouvelle fois que la situation est loin d’être débloquée. Mon pays est souverain, l’Occident doit le savoir !

Cécilia, je dois vous le dire, fait preuve d’un grand sang-froid malgré son trac.

 - Est-ce que cela peut se faire rapidement ?

- Oui, oui, disons la semaine prochaine. Quel jour sommes nous ? Jeudi et bien disons lundi prochain, je vous passe mon secrétaire, à bientôt Madame. Celui-ci, debout trois pas en arrière de son chef accoure, prend l’appareil et définit avec Cécilia quelques points. Il promet de rappeler le lendemain pour régler ce voyage.

Nous sommes à la mi-juillet.

Jusque là vous avez pu constater que le déroulement des événements n’a rien d’extraordinaire. Mais il faut savoir que l’on a tendance à fantasmer, a grossir des faits qui souvent ne ressortent que de la banalité. Je veux dire par là, que d’une part il y a un problème humain dramatique et d’autre part des gens d’une consternante banalité. Cela veut dire qu’il faut se rendre suffisamment disponible pour comprendre la souffrance et accepter la bêtise. C’est pour cette raison que j’ai des réserves envers la démarche du PS. Ce parti et surtout ses responsables, sensés connaître les méandres de la politique font à mon avis preuve d’imprudence quand ils réclament à cors et à cris un compte-rendu qu’il est difficile de faire si l’on veut respecter les sensibilités diplomatiques et qui sont de la responsabilité des gens au pouvoir.

A suivre….

motpassant

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